René Viviani - La Restauration : 1814-1830

258 HISTOlRK SOCIALISTE complHfs. La confusion règne nn peu parmi un assemblage quelquefois contradictoire. El il est heureux que ses disciples aient pu condenser dans deR for111ulesmoins hftlives, el exposer dan, des livres plus clairs les conCPplions auxquelles ils ont puisé les leurs. Il semble que de la vie -de SaintSimon, de celle vie mouvementée, quelque chose se soit communiqué à sa pensée mobile, généreuse. Vieilli, malade, sentant la vie se retirer (n'a\la-t-il pas au devant de la mort par une lenlalive de suicide?) le monde fuir, il voulait tout voir, tout dire, tout noter, et si la méthode n'a pas toujours discipliné ses pensées, c'est que celles-ci jaillissaient d'un cerveau perpétuellement frappé de tous les spectacles, à qui rien ne demeurait étranger, et qui fut l'ardent récepl~cle de Ioules les idées qui agitaient le monde. D'ailleurs, Saint-Simon a pensé comme son époque pensait, et il en est un reflet (ldèle. En vingt ans à peine, deux régimes nouveaux, une terre nouvelle, un horizon nouveau, une magnifique floraison qui semblait spontanée, une agitation perpétuelle, une insécurité lamentable pour les pensées cl les inlérMs, des ruines et près d'elles des matériaux in,nomJ>rables et disparates - telle était lïmage qu'o!Trait la société après la Révolution, pendant l'Empire, au début de la Restauration. L'homme, si puissant qu'il soit, n'échappe pas au mouvement universel, el la fièvre g6t\érale a communiqué à Saint-Simon une excitation bien légitime. Du moins, el tout de suite, il (lxa la règle invariable d'où doivent procéder nos conceptions, el il y demeura fidèle : les faits sociaux ne se peuvent el ne se doivent examiner que d'apr/\s les règles de la science, et cette souveraine qui domine les faits physiques domine aussi les faits humains. Ce sera plus lard. le plus sûr héritage que recueilleront des mains amies. C'était, en allendanl, la pro lestai ion la plus ferme contre l'envahissement des conceptions ai,ciennes. Invoquer la science comme seule arbitre, c'était reléguer au loin celle fatalité chrétienne qui soumet aux caprices du ciel les mouvements de la terre el lait l'homme tributaire de Dieu. C'élail aussi écarter la fatalité naturelle, qui permettait à l'homme politique de comparer la société à la nature, de déclarer soumis, comme dans la nature, à la loi du plus fort le plus faible. La science est révolutionnaire. Elle dérobe la vie à l'action de Dieu, et elle permet de dire que la société doit être un progrès sur la nature, doit la corriger, ne lui point ressembler, la force morale, que la nature ignore, devant servir de règle à Ja société. Sur quoi la société, tributaire seulement de fa science, sera-t-elle fondée? Saint-Simon a inùiqué, à vingt années de dist..n9e, en 1802 et en 1823, le même système, mais sous deux !ormes di!Térenles. En 1802, dans les Lellres d'un ltabilant de Genève, il indique que la so'ciété est fondée sur trois classes : les sages, les conservateurs, les égalitaires. Les sages sont les savants et les nrlistes, les conservateurs sont les propriétaires, les égalitaires sont ceux qui ne possèdent pas. Mais le vague des formules ne perI

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