H!S'fOIRE SOCIALIS'rJ<: innombrables. Ce spectacle se vil, dont beaucoup sentirent leur cœur s'attendrir, d'hommes hâves, pâles, déguenillés, sanglants quelquefois, noirs de poudre, sans pain, monter une faction Intrépide auprès de caisses emplies d'or. Chal; meurtrie tous les trente ans par la milraille des coups d'État, et quelquefois, dans l'intervalle, par la mitraille des guerres dynastiques, toujours prêle à s'offrir aux coups, à saigner, à souffrir! Ces journées à défaut d'autres feraient le peuple de Paris immot·tel. Son courage, sa pitié, ses fureurs puissantes el ses larmes douloureuses, sa ooblesse devant le malheur de ses ennemis, le mépris de sa pauvreté rançonnée pour la fortune opulente, ce n'est pas seulement par ces admirables traits qu'il s'offre au regard de l'histoire. A d'autres époques, Il fut pareil, et chaque coin de rue, dans cc Paris tourmenté el tordu par les tempêtes, pourrait redire un réci l hérolque ou louchant. Mais en l&lû le peuple rut le seul qui sut, comprit, vil le but, marcha. Les politiciens s'écartèrent de lui, les uns parce qu'une délicatesse raffinée s'effrayait de cc dur contact, d'autres parce que ce rude artisan du droit futur déserlail, pour créer son œuvre, la légalité passée. M. 'l'hiers, ses rédacteurs, ses ami.s, nombre de députés protestèrent, puis, sur une visite de la police, après avoir honorablement résisté, à la nouvelle d'arreslalions, partirent pour une relraile isolée, cherchant la fralcheur d'un abti contre cèl ôté deux fois brûlant. M. Baude, du Temps, s'enhardit jusqu'à repousser, le code pénal à la main, le commissaire qui venait briser ses presses, Jusqu'à ameuter le peuple autour du serrurier qui rivait les fers des rorçals, le seul dont ùn pùt obtenir les services. Les députés étalent introuvables. Quatorze à peine se réunirent chez M. Casimir-Périer. Pâle, incertain, nerveux. larmoyant, M. Casi,nirPérier ne redoutait rien tant que les responsabilités. Pendant ce temps, sans la direction morale des journaux, sans l'aide des orateurs libéraux, le peuple agit. Seul, laissé à lui-même, il fut un profond politique. La première journée, celle du 27 juillet, fut moins mou,:emenlée qu'on ne l'aurait supposé. Marmont, à qui le commandement était échù, désireux de ne pas charger sa conscience d'un massacre, s'installa fortement sur la place du Carrousel el aux alentours. De là il pensait braver une émeute que la cour réfugiée à Saint-Cloud prenait pour une manifestation pùérile, et que Marmont eut cependant la clairvoyance, dès les premières heures, de hausser aux justes proportions d'une révolution. Des gendarmes parcoururent les rues: on lira. Trois hommes du peùple tombèrent, premières victimes desquelles la ,engeance allait descendre. La nuit fut formidable sous les étoiles. • ' Le lendemain, 28 juille(, un mercredi, le peuple presque tout entier fut debout. Sorties de dessous terre, Construltt,s pendant la nuit, des ,barricade~ Innombrables coupaient Paris en fractions, en parcelles, en morceaux. Chaque quartier se subdivisait en plus étroites places où des combattants
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==