René Viviani - La Restauration : 1814-1830

18 HISTOIRE SOCIALISTE M. de Châteaubriand a mil signé de son nom déjà illustre el qui, heureusement pour lui, n'est pas nécessaire à sa µ-Joire: B11011aparlePl lesD0111·bons. Toul re que J'invective, la calomnie, l'outrage peuvent trouver de formes meurtrières se rencontre dans cc pamphlet qui fut jeté à des ,millions d'e,emplaires dans la foule et sen·il puis,ammenl la cause des Bourbons, dont il rappelait le nom onblié. La partie distinguée de la popnlation, rarislocratic et ln bourgeoisie enrichie, enveloppait de ses adulations les alliés. Des clwnrnns couraient sur Napoléon, et des hymnes en favrur des • libérateurs • étaient chantés à l'Opéra quand paraissaient .\le,andrr et Guillaume. C"est seulement dans les quartiers dé,hérilés que s'était réfugiée la dignité de la défaite et aussi sa rage, car, plus d'un soir, près des barrières éventrées, on rele1•a le cadaue de quelque officier ennemi. Cependant, •ralleyrand agit. JI fallait ~aisir les • autorités constituées» qui, dans cet effroyable naufrage, étaient en désarroi. Il convoque le Sém1t: quatre-vingt-dix membres étaient à Paris; soixante-quatorze vinrent, hi•,i1.ants, timides, emplissant sans bruit un lier, à peine de la falle des séances. Pour la première fois, le grand électeur ne voulut pas leur arracher un vole décisif et il les laissa s'habituer à la servitude nouvelle. JI se contenta ùe leur soumettre le nom des membres du gouvernement provisoire. C"étaient 'l'alleyrand, Je général Beurnonville, l'abbé Montesquiou, le marquis de Jaucourt, le duc de Dalberg, un Allemand, deux prêtres, un ancien général de la Révolution. On approuva en silence ce que voulait 'l'alleyrand. Mais le, événements marchaient sans consulter la prudence du prince de Béoé1ent qui allait se trouver débordé. Le conseil municipal, plus hardi, sur la 1iroposition de l'avocat Bellart, vole une motion par laquelle il réclame la déchéance el parle des Bourbons. C'est la première foi, que dans un vœu polilique le nom du successeur est désigné .. \ vrai dire, cette motion téméraire dérangeait les plans plus tranquilles de 'fàlleyranrl. JI J"accueillit avec humeur, mais dut s'y so_umettre : par ses soins, lt' Sénat fui. à nouveau co,1voqué pour proclamer la déchéance. Qui allait osn se dresser du sein de cette assemblée asservie pour portrr au mallrc, hier encore courtisé, le premier coup? C'est alors que les événement.s mirent au service des manœuvres étroites de 'ralleyrand la noble colère des rares républicains qui, flétris du nom d'idéologues par Napoléon, avaient survécu à la llévolution, à peine une poignée. Leurs chefs étaient Grégoire et Lambrechl. C'est ce dernier qui réclama la déchéance et qui rut chargé de justifier, pour le pays, ce vote. Lambrecht n'avait pas longtemps à chercher parmi les griefs que sa conscience tant de Coisblessée avait pe5és. D'une plume acérée il rédigea la protestation ... Qu'il la signât, lui et quelques autres, c'était bien, car jamais ils ne s'étaient mi~, pour J"acclamer, dans le sillage du vainqueur. Mais les autres, qui avalent abaissé leur fonction au-dessous même de la domesticité? Il~ signèrent, ils volèrent, ils repro- ' 1 •

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