René Viviani - La Restauration : 1814-1830

I ;!!(; lllS'l'OIIU SUCIALIST~ Casimir-Périer prole,Lèrenl. .lucun ne le fil avec plus de puissance que Jloyer-Collard. Le discour, par lui prononcé demeure un des monuments les plus hauls de !"éloquence parlemenlairc. L'apostrophe, l'ironie:_,ta virulence cl la mélancolie mêlées en font un des chefs-d'œuvre les plus padaits de la Lribune. C'est ü ce momenL que, cfénonçant les tyrans implacables, minuscule~ el médiocres polenlals qui n'avaient, co,11me lâ Hévolulion ou Bonaparte, ni l"excuse de la gloire, ni celle du génie, il monlra la faction invisible, mais aussi s;iisissable que si elle marcha il enseignes déployées : « Je ne lui demande pas qui elle est, où elle va, d'où elle vient : elle menLirait ! » Jamais la compagnie de Jésus n'avail senti plus brûlant sur son âme le feu rouge de la flétrissure. Rien n'y fil, la loi fui quand même volée: si Gutenberg arail vécu, ces mains frénétiques l'eussent certainement conduil à la mort. l.;n orateur catholique n'allait-il pas jusqu'à dire i, que l'imprin,erie était une des plaies dont ~foïse n'avail pas frappé l'Égypte?• (Discours de ,IL de Salilbery.) Le public accueillit avec effroi t1·auord celle manifeslalion nouvelle de la pensée jésuitique, se demandanl jusqu'où irait l'envühissemenl mortel qui recouvrait déjù une partie du pays. Le se1Jl espoir demeurait fixé sur la Chambre des pairs. Celle-ci était depuis longtemps irrilée de la brutalité avec laquelle de Villèle menait le gouvernement. Plus irrilée encore elle éLaiL il la pensée que ce ministre, dont les vues personnelles n'auraient pas été hosliles à une direction plus libérale, inclinait sur la violence par peur des énergumènes surexcités qui s'agitait autour de lui el pour garder, grâce à eux, un pouvoir Lrop convoité. De plus, rœuvre passionnée de Chateaubriand commençait à faire sentir ses effets. La rupture plus personnelle que politique qui avail à jamais rendus implacables l'un à l'autre ces deux hommes avail, au début, diminué la portée des attaques violentes llont, sous la main de Chaleaubrianrf, le Jaumal des Débats était mm pli, mais le temps avait effacé ce souvenir el maintenanl l'origine des coups retentissants élaiL allé dans l'oubli. Restaient les ~oups, tenaces el rudes. Et la Chambre des pairs s'apprMaiL à faire à ce projet de loi, à la loi vandale, comme avaiL dil Chateaubriand, un accueil détestable, d'aulanl que, rech~rchanl les occasions cle monlrer sa brutalité, le gouvernement, à l'enterrement de M. de la liochefoucauld-LiancourL, avait arraché le cercueil à des parleurs v1Jlo11taires,engagé une tulle sacrilège au terme de laquelle le cercueil brisé avait roulé dans la ùoue. Aussi M. de V,llèlc redouta-L-il le contact de cette assemblée, et. par un arlifice misérable qui trompa un momcnl la naïveté publique, il fil relirer le projeL de loi. La joie éclata partôut, sur les visages, dans les rues, par les illuminations dont chaque scinlillemenl dévoilait le for.d de l'opinion. Des ministres avertis el sages, pour qui le gouvernement n'eût pas été une cnlrcprise de combat conlre la Nation, eussent puisé dans ce fait un

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