René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOllrn SOCIAl.;IS'l'I•: Pendanl ce temps agoni,ail à l'exlrémilé de l'Europl', sur la mer d'.\zof, l'empereur Alexandre, qui devait mourir le 30 décembre 182:>. Il mourut déséquilibré, en proie à un mal mystique, fuyant les lieux qui lui étaient coutumiers parce qu'ils lui apparaissaient peuplés de fantômes. li laissa, qurlque temps avant sa mort, la cour, Saint-Pétersbourg, son palais, ses amis, et descendil vers le midi de son Empire, sentant qu'il suivait la voie funèbre qui le menait au tombeau entrevn. 11. mourut du typhus, mais son corps délabré et son espril surexcité avaienl, plianl sous les excès, depuis longtemps perdu la force qui lui aurait permi de résister·au fléau. On s'arrête devant celle natllre 11n peu fuyante qui déconcerte l'analysr. li fut certes secourable à la France égorgée et rançonné,e. au lendemain de Waterloo, et ne permil pas que la pesanteur 1>russienne écrasi\l toul à fait notre essor. Esl-ce par générosité, par amitié pour ~J. de Richelieu, par inlérêl el pour ne pas laisser grossir de s,,olialions nouvelles le lol de ses associés'? En tous cas, il le fil. Mais la France ne prêta qu·une attention évasive à ce théâtral décès. Cet homme était morl des excè; de l'aulocralie, grisé des parfums enivrants du despotisme, ivre à la fois d'ae,lion el de pouvoir, impuissant parce qu'il pouvail tout; ne voulanl plus parce qu'il pouvail tout vouloir, attristé de la vanité même de sa force ... On ne le pul faire remarquer en France où une pareille conslalalion eût Né 1111 outrage pour le monarque constitutionnel malgré lui cl qui s'efTorçail de monler vers lo pouvoir absolu - à soixante-neuf ans! En efTel, l'au née. 18213s'ouvrait. Elle s·ouvrit par un acte qui, quoique louable, ne peul emporter dans la balance le poids des autres actes ni racheter les mesures meurtrières par oü la Restauration tenta de procéder à un rétablissement chimérique. Le gouvernement régla, au mieux des intérêts nalionau, et particulier~, les di!licullés soulevées à Saint-Domingue depuis 1811 pa1· le retour des anciens colons chassés par les noirs qu'avaient d·ailleurs surexcités et provoqués, en 1802, le général Leclerc, émissaire lie Bonaparte. On reconnul l'indépendance du gouvernement el on fil payer des droits à concurrence de 150 millions pour indemniser les colons ... Mais celle mesure était à peine prise qu'un projet audacieux émanant du pouvoir marquail jusqu'à quel degré, dans le passé, entendait retourner le nouveau régime : nous voulons parler du droil d'aln!!Sse. C'était un projel cher à l'ullra-royalisme, il cc, ,urvivants vieillis el aigri; d'un passé mort, que ce projel qui devait restituer au x1x• siècle étonné la législation de l'ancien régime. Et, dans le désir de revenir à• celte législation ancienne, il n'y avait pas seulernenl le désir . de rétablir une mesure rétl'Ograde, mais celui cl'humilier la llévolulion, de brouiller su,· des sillons glorieux sa trace géante, de délruire l'égalité souveraine qui, de ces mêmes sillons, s'élail levée .. \lais, malgré tout, le projet fut arrôlé il la

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