René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOClALlS'ri,; 13 et les Bourbons. Napoléon était un ma!l,·e lrop rurle, dont l'œil el les mains élaienl partout, qui ne lui o!îrait aucune sécurili•, qui l'eût frappé déjà, si l'âge n'avait substitué en lui à l'acli vité de la jeunesse une sorte de nervosité impuissante. Donc, pas de Napoléon. Certes, les Bourbons étaient des maitres plus doux. Leur médiocrité était il 'l'alleyran I la garantie de son influence. Mais comment l'accueillerait-on, lui, l'évê 1ue renégat, qui avait dit la mes,e sur l'autel de la Fédération, était drvenu le serviteur éclalanl de « l'usurpateur»? Donc, pas de Bourbons l )lais ce n'était pas la haine qui le poussait. 1'ous les senlimenls extrêmes étaient inconnus de celte conscience en qui l'analyse ne peul descendre sans risquer de se perdre au néant. L'intérêt élail rn seule loi. Or, lïnlérêt, son intér~l. le voici : c·était d'aider ù une régence. Entre Marie-Louise, rivée à Paris par sa couronne, mais rattachée ù Vienne par son cœur et ses intérêts, el un enfant débile, le souple diplomate possèderait tout le pouvoir, le pouvoir dans ses réalités, dans ses profils, et, fatigué d"êlre fc second à Rome, il devenait le premier partout ... C"élaient là ses projets; il avait esrnyé de retenir l'impératrice à Paris, sentant bien que, elle absente, l'élablissemenl de la régence devenait difficile. li avait fail elforl pour obvier à celle faute qui avait entraîné parmi les défenseurs de la ville le dés"rroi et sonné le glas de l'empire. Vaincu par Joseph, il avait relusé de suivre l'impératrice, co111mel"ordre de l'empereur le lui enjoignait, et, afin de se sous1rairc ù la puissante colère du maitre, avait feint de sortir de la ville, s'était fait arrêter par des gardes nationaux par lui placés à l'octroi, sous le prétexte que ses passeports lui faisaient défaut, el était resté à surveiller les hommes, les choses, les événements, les oscillations de la défaite, de la victoire, toujours impassible et seulement ému de ses propres risques au milieu des malheurs de la patrie ... li suffit d"un mol à Nesselrode pour convaincre 'l'alleyrand. Le désir de l'empereur du l'iord était un ordre pour qui n'avait fait que changer de servi• Lude. JI se rallia, du coup, à la cause des Bourhons, et fil appeler l'imprimeur Michaud. l! lui confia une proclamation rédigée par lui, sur les instructions de Nesselrode, el qu'Alexandre devait signer. On y expliquait au peuple que les alliés ne pouvaient traiter ni avec Napoléon, ni avec sa famille. L'imprimeur partit el le conseil s·àssembla. Alexandre, le roi de Prusse, Schwartzemberg, Nessclrode, le comte de Dalberg, Talleyrand, Pozzo di Borgo, tels étaient les hommcf qui se rencontraient. Mais ce conseil était un con~eil d'enregistrement. Les •résolutions étaient prises, la proclamation rédigée, et c'était une puérile discussion qui allait commencer pour couvrir hypocritement la dure autocratie russe: 'l'out ce débat était vain, parce qu'il n'y avait pas un seul homme, parmi les membres de ce Conseil, où sept étrangers sur huit allaient régler le sort politique de la ftance, qui fût dupe une minute du débat engagé et qui n'avait qu'un but : laisser croiré à la France qu'une discussion avait précédé

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