René Viviani - La Restauration : 1814-1830

i4 ms·ro IRE. SOCIAJ,IS1'E que, par dégoùl de la gloire meurtrière, la nation se dissociait de Napoléon, et, pour ainsi dire, le livrait par son silence et par sa neutralité. Mais ce n'était là que de la diplomatie. Au foud, l'empereur du Nord avait pris parti. Il voulait abattre Napoléon. Personne ne le lui pourrait reprocher, et qu'étant del'cnu le plus fort, il ail usé des droits de la victoire contre celui qui n'avait jamais connu que ces droits, il y avait là, à son profil, une revanche du deslin. Mais il le pouvait dire, il le pouvait faire. Au lieu de cela, maitrisant ses senlimenls de haine secrèle el de jalousie, prenant attitude devant l'histoire, sïmaginant qL1'il paraitrait, dans celte nouvelle Athènes, un civilisé et non un barbare, il feignit la douleur el la pitié. Son intérêt, c'était de frapper Napoléon, de le frapper dans sa personne, dans sa femme, dans son llls, d'anéanlir celle dynastie maudite, qui, sans provocalion et sans excuse, était venue l'humilier devant ses sujets. Qu'il le dll, qu'il le Ol, c'était bien. Il se donna toutes les formes de la bont6 qui ne peut se répandre, de la générosité condamnée par une atroce destinée à une férocité qu'elle répudie. Dans ses conversaHons al'ec Caulaincourt, avec M. de Quélen (le parlementaire envoyé par Marmont pour oll'rir une suspension d'armes), il déplora le sort de Napoléon. Au dire de La Fayette (dans ses llfémoires), il aurait demandé ù. M. de Quélen : « Napoléon est-il dans Paris? - Non, sire. - Mais l'impératrice s'y trouve au moins avec son fils? - Non, sire. - •rant pis! » , La seule portée de ces questions, le seul sens de cette dernière exclamation semblent indiquer qu'Alexandre regrettait l'absence du go~vernement impérial, se condamnant par sa fuite ... Or, à qui fera-t-on croire qu'Alexandre ignorait la situation exacte de Napoléon, et le départ officiel et non dissimulé de l'impératrice pour Blois? Paroles, vaines paroles pour l'histoire I Des actes lui étaient aisés : il n'avait qu'à appuyer d'un geste la régence de Marie-Louise, et l'Autriche, qui 1,.e désirait pas ce fardeau, mais qui n'eùl pu le répudier, eO.tété de son avis. Or, que fit-il? On !'allait voir dans la réunion de l'hôtel Saint -Florentin, dans la réunion des empereurs, des rois, des diplomates. lllais même celte réunion était une feinte, el tout ce qui allait s'y dire était d'avance arrêté. Dès le malin du jour qui vit à Paris l'entrée des alliés, Alexandre avait délégué à 'falleyrand, pour lui porter son avis, Nesselrode. Que voulait, que pensait Talleyrand? 'falleyrand avait traversé de dures épreuves, et sa perspicacité avait dO faire effort, dans la promptitude des événements, pour qu'il ne parOL pas se trainer à leur remorque. Il ne voulait que le triomphe de son intérêt, quelle que l'Ot la lorme de la victoire. Au début, bien avantl'arrhée des alliés sur les hauteurs de Paris, il avait, en lui-même, rejeté Napoléon

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==