René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HH llTSTOIRE SOCIALISTE il avail lentement reculé devant l'armée française el à chaque pas livré pour toujours à l'rnvahi$Seur une parcelle de ce pauvre pays trahi. Riego fait appel 1, lni, à son courage: mais Ballcstcros résiste. Riégo est obligé de ,r retirer. Trois colonnes rrançaiscs le poursuivent JI lutte, blessé se cache dans une ferme, oi, la dénonciation le fait découvrir. Alors, ce prisonnier rie guerre que l'armée française eOt dO garder et protéger contre les fureurs, les générnux rrançais le livrent aux autorités espagnoles, c'est-à-dire au bour• reau. Seul, avec le général Mina el le général Quevada, qui, au dernier moment, s'enfuit, Hiego sut défendre la Constitution cl son pays, •rous les autres trahirent leurs promesses el vendirent leur épée à d'autres générau~ qui la leur achetèrent. Ce fut là toute la gloire de celle expédition, dont la fin couronna dignement les débuts. L'imprenable Cadix fut achetée, les Corlês se rendirent el le roi Ferdinand, par des émissaires d·ouvrard, reçut quatre millions pour distribuer, en monnaie de corruption, parmi ses gardiens. Sous la révolte de quelques jeunes hommes, Ferdinand promit par écrit, sans donne1· à sa signal ure d'autre caution que sa conscience, de n'user d'aucune reprérnille. Après quoi, la ville ouvrit ses portes : les deux Bourbons, relui de France et celui d'Espagne se rencontrèrent, l'un et l'autre ayant dignement trafiqué de l'honneur espagnol et de la liberté de ce malheureux pays. La guerre élait close: c·étail un financier failli qui en avait été le plus inlelligeqt, sinon le plus glorieux slralège. Alors commencèrent les saturnales de la vengeance : pillages de boutiques, pr~vocations, violences, délations, assassinats; on fit au digne roi une fête sanglante. Un spectacle particulier en rehaussa l'éclat : le procès et l'exécution de l'intrépide Riego, pendu au milieu des acclamations. Cela, c'était la revanche visible de la contre-révolution victorieuse. Vint tout de suite la revanche invisible et pesante, dure et cruelle : les moines restaurés clans leurs privilèges, la religion Ioule puissante, la Congrégation exaltée. C'était la religion qui avait mené à la trahison la malheureuse Espagne. Le rormidable pouvoir international, a 0 issaal aussi bien à Paris dans le cabinet de M. de Villèle, qu'à Cadix dans celui de Ferdinand, s'était montré partout, au camp drs généraux félons, aux assemblées des représcnlanls infidèles, au prétoire où Riego élail oigorgé, sur les places publiques où la foule ignorante et busse ac~lamail l'insolent triomphe de la force. En mi:me temps qu'elle, c'était le capitalisme naissant, mais déjà corrupteur, avilissant el avili, qui, sous les traits du failli Ouvrard, avait agi. La Congrégation avait inspiré l'abominable campagne, l'argent en avait été l'instrument, el l'acier des épées n'avait même pas eu le féroce mais probe hon11eur du triomphe. Dès l'aube du siècle se montraient donc associées pour la m~me tâche d'asservissement et de rét!ogradation les deux

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