René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOCIALISTE de 1822, tomba avec l'automne cl le corps sanitaire demeura survivant à ~a fonction pacifique. Pour quelle fonction belliqueuse? Et surtout pourquoi le renforcer au point de porter l'e!Tectif à ;;o 000 soldats? L'esprit public, un peu lent à s"émouvoir, parce qu'il était partiellement informé, ne se posait pas encore Loule; ces questions et l'intrigue ministérielle, savamment ourdie, ne s'épanouissait pas encore dans un résultat monstrueux. Mais, en Espagne, et cc n·est pas une coïncidence fortuite, l'esprit de la contre-révolution fut fortifié. F'erdinand. gui lrem• blait devant les rebelles mi11istrcs que la Constitution lui imposait, tremblait moins: il éludait les problèmes, attendant le jour où, plus hardi, il les écarterait. En même tem;,s, les partisans de l'absolutisme relevaient le parti, liraient l"épée. C'est de France que partaient les volontaires ,du fanatisme, de Bayonne, de Toulouse. En même temps qu'eux, les encouragements belliqueu,:: venus rie Paris passaient la frontière. La France d'autrcf,iis s'exaltait à la pensée que la rtévolution extirpée, croyait-on, du vieux sol gaulois, allait resplendir sur le sol roc.1illeux de l'E~pagne et que la patrie sanglante de l'inquisition expierait ses formidablrs forfaits. ~'erdinand, autre Louis XVI, était le représentant lointain de la cause légitime. C'était un Bourbon, et la France n·assisterait pas une seconde fois à l'épreuve impie où une couronne et une tête fêlaient de si près suivies dans leur chute. Ainsi, cette rhétorique exaspérée, comme un sourne d"orage, traversait la frontière et allait, contre l'indépendance espa• gnole, réconforter les insurgés royalistes. Mais la rhétorique ne fut pas la seule arme que trouvèrent nos royalistes français. De !"argent, de la poudre, des fusils, furent apportésaux révoltés sous la surveillance complaisante du Gouvernement. En Espagne, soutenue par tous ces témoignages, l'insurrection royaliste devenait, pour les libertés puhliques, un péril. C'était de !"Eglise qu'était parti le mot d'orilre. Afin de refaire les finances de l'État et d'obvier à la faillite nationale, le Gouvernement espagnol avait levé des impôts. Il avait frappé les privilèges, surtout les privilèges ecclésia;tiques, quïl rémunérait en même temps d'une indemnité surfisante. L'origine de la révolte était donc dans J"Apreté des revendications économiques en même temps que dans l'ardeur d'un zèle fanatique. Et dès les premières rencontres, lïnsurrection fut appuyée par la présence ùe l'armée française, adossée à la frontière, conduite par un jésuite h:irdi dont le crucifix meurtrier en son si mbole miséricordieux frappait au front les ennemis. Ferdinand, encouragé, rclernit la tête: il la du baisser, en apprenant cependant que les troupes régulières avaient eu rai• son de l'inrnrreclion. Mais voici qui allait le réconforter : sa garde, inspirée par sa femme et par lui-même, se révolte. Elle va être maîtresse de la ville et marche sur les Cortès quand les miliciens et les partisans de la Charte la déciment et la ma~sacrent. De nouveau la Constilulion a l'aincu et Fer•

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