René Viviani - La Restauration : 1814-1830

!61 HISTOIRK SOCIALISTE libérales. qui tenaient tout entières dans l'abrogation de la loi électorale, rendirent impos ible toute union. Du côté droit, aucun espoir el, le 19 dér•'mbrc, M. de Richelieu el ses collaborateurs démissionnaires ôtaient remplacés par lIM. de Yillêle el Corbière, que le comte d'Artois présentait à Louis X\'111. Voilà à quoi a l'ait abouli celle combinaison misérable des éléments les plus di.parales, où quatre anciens collaboraleurs de Napoléo3 s'étaient mêlés à d'anciens émigrés, où la fortune de la plupart des ministres était fondée. sur une abdication. Pendant un an, ces ministres Curent des dupes, les dupes de la droite extrême, el le seul hommage que l'histoire leur puisse rendre, c'e,l qu'ils ne furent pas des dupes volonlltres. Mais qu'importe à la politique l'intention dont il ne faut tenir compte que pour la sauvegarde de la probité? On peut dire de ces ministres qu'ils ont livré peu à peu le patrimoine qu'ils al'aient à garder aux ultras, et que taules les violences qui l'Onl pen:lanl huit années tout recouvrir leur sont dues. :\1. de Richelieu ne devait que de peu de mois survil•re à sa chute el, Je l7 mai 1822, s'éteindre, sans agonie, d'un transport au cerveau. li ne Cul pas un politique. Il n'avait pour le gouvernement aucun goOt, ne savait pas défendre ses prérogatil'es, tenait surtout au repos el, au de,neuranl, ne possédait sous un régim1, parlementaire aucune des qualités néces,aires, aucun des défauts admis, n'avait ni l'éloquence de M. de Serre, ni l'esprit d'intrigue de li. Pasquier. JI a rendu à la Fr~ncc, en hâlant la libération du lerri'oire, un service qui ne Je détendit 1ias contre les insinuations abjectes. N'était-il pas accusé d'ayoir, lor:; de la disette de 1817, favorisé la venue de; blé:; d'Odessa, pour enrichir la Russie et com11laire au czar, son ami? Ecœuré, fatigué, brisé, il quitta le pouvoir ayec joie cl, quelques mois après, paul're cl sans tache, mourait en emportant l'estime de Lous, après avoir honoré son pays el fidèlement servi la royauté. A ce ministère, que ni le nom de M. de Richelieu, ni la parole de M. de Serre n'avaient pu défendre, el qui manqua surtout de clairvoyance el de courage, succéda Je ministère dr M. de Villèle. Aussi bien, depuis longtemps, la li3lc ministérielle, rédigée par le comte d'Artois lui-même, élail prôte. M. de Villèle avait montré une des qualités les plus rares de la politique, qui est la patience. li avait su attendre son moment el ne pas saisir d'une main trop prompte les apparences du poul'oir sans être certain d'en posséler aussi la réalité . .)1. de llichelieu lui avait o!rerl un portefeuille en i8i8, lors de son premier ministère, el ~I. de Villèle avait rerusô, sentant bien que l'heure de « l'ullracisrrie • n'avait pas encore sonné. Il allendail que périssent sous ses yeux el par ses coups, tantôt violents, tantôt sournois, les deux formes de gouvernement nécessair~s, le libéralisme el le royalisme conslilutionael. AVèc M. Decazes le libéralisme tomba, avec M. de Richelieu tomba le royalisme com,lilulionnel, et c'est alors seulement, devant l'inanité de ces tentatives

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