René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOIRE SOClALlS'l'E 153 leur esprit, une conviction s'était faite que des .coups de main seraient nécessaires pour ébranler et briser le vieil arbre dynastique qui se survilait miraculeusement sur une terre labourée par la Révolution. La colère certes était vive en toutes ces natures contre la race des Bourbons. :folle part, quoique contenue, elle n'était plus ardente que dans l'armée, et dans celle demi-armée que constituaient, en marge de l'autre, les officiers révoqués, les officiers réduits à la misère de la demi-solde. Gouvion Saint-Cyr, en réorganisant l'armée au lendemain de la loi de recrutement, avait ouvert, ou du moins réouvert la carrière des armes à plus de 12000 o'.- ficieri'. Depuis son départ, la rage du général Latour-Maubourg s'était exercée sur les hommes qui, comme lui, d'ailleurs, el avec moins de profits, avaient suivi Napoléon à la guerre, el les exclusions, les licenciements, le; révocations avaient plu sur l'armée. li ne faut pas oublier une mesure qui va servir d'explication à bien des actes hostiles à la Restauration : c'est que les ancieus sous-officiers, pour rentrer dans la garde royale, devaient perdre leurs galons et les reconquérir péniblement dans leur nouveau corps. On 1.ensc si les rancunes el les regrets agitaient ces hommes. Ainsi, avec l'Unio11de la liberté de la p1·esse, les liens s'établirent vile. Une autre société, le Rayon, située rue Louis II, recueillait toutes les initiatives qui cherchaient une issue dans la révolte. Là se'rencontrèrenl le capitaine Nanlil, de la légion de la Meurthe, qui tenait garnirnn à la caserne de la Pé.,inière, le commandant Bérard, d'autre~ ofliciers, comme ~I. Dumoulin, ancien aide de camp de l'empereur. ~!. de La Fayette, surtout, suivait de près les préparatifs de ces coups de main. Mais des querelles dans le comité éclataieut enlre M. de La Fayette et le général 'rurgol, pJrtisan résolu de Napoléon li, dont l'ancien général de la Révolution ne voulait pas. El ~uis des diverge~ces de vue sur la meilleure manière d'opérer, les uns voulant agir à Paris, pour frapper un coup décisif; d'autres sur plusieurs points ùe la France, pour diviser la répression el la vaincre plus aisément. Enfin des retards, de! contre-ordres lassaient les courages en condamnant à l'inertie des hommes dont la tête, en cas de découverte, devenait, avant tout jugement, la proie assurée du bourreau. On avait enfin décidé, sur les eésirs du capitaine Nantil, d'assiéger el d'emporter le l(!rt de Vincennes, où les conjurés avaient des intelligences, et le plan ajourné encore allait être exécuté, quanti l'autorité mililaire fut ·prévenue. li y avait trop de confidents, l'opération avait trop trainé, les ord1·es divers avaient trop mêlé leur contradiction pour qu'il n'en lùt pas ainsi. Des oŒciers de la région du nord prévenus firent tout savoir. Le capitaine Nanti! dut s'enfuir. Le commandant Bérard lut arrêté, le capitaine Dumoulin, d'autres encore, en assez grand nombre, furent incarcérés, et cous les retrouverons, au mois de juin 1821, devant la Cour des Pair.. Le 13 octobre eurent lieu les élections, sous le régime de la nouvelle loi:

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