René Viviani - La Restauration : 1814-1830

14.(l HIS'l'OIRE SOCIALISTE seraient de plus fidèles auxiliaires que d'autres. El !"événement ne démentit pas ce pronostic. Dès les premiers jours qui suivirent le départ de M. D~cazes, le ministère dcmirrda la discussion du projet de loi suspensif de la liberté individuelle cl destructif de la liberté de la presse que, comme u11lrisLe testament polilique, M. Decazes avait laissé. Il le fil défendre par M. Pasquier, conscience servile, parole enchainée au succès, qui avait .soutenu !"Empire, le libéralisme, maintenant défendait la thèse adver;e, roulant de rares idées dans les Ilots d"une faconde fleurie. Au moins le, libéraux ne désertèrent pas la rude lâche qui leur venait des événements. C'est de celte époque que dale vraiment réloquence parlemen Laire. C'est alor, qu'habiluée à la tribune par cinq années de débats, elle s'y dresse, allégée des loutdcs paru1·es qui l'avaient accablée tout d'abord. Ce seront d~s discours improvisés, non lus en tout cas, pour la plupart au moins, qui relentiro1ü comme un cliquetis où tout ce que la passion a de flamme, el aussi la haine, apparaitra. Deux !~rances vont maintenant se mêler chaque jour dans cet étroit cham;>clos, el leurs fils, le regard aigu, la lèVl'e âpre, tour à tour dans des reoconlres violentes,sejelleront le dédain, le mépris, l'outrage. C'e,t la rnnconlre de la Révolution el de l'émigration, el lout ce qu'il y avait de colères contenues par les années, contenues ensuite par la volonté va faire explosion, en des Journées iooubliables pour la J<'raneequi, plus altenti~e, plus soulevée, prendra part de loin, quand elle ne le pourra de près par le gro'.ldement de l'émeute, à ces batailles où la liberté mourante devait révéler qu'elle était immortelle. hlanuel, Delljamio Constant et le général Foy allaqu_èrent ces propositions, le premier avec la force intrépide d'une parole exercée à tous les combats, le second avec l'âpreté agressive d'une parole qui ne sacrill..ail pas à la colère sa pureLé, le troisième avec la généreuse ard.eur d'une éloquence qui alleignit, à cerlau1s jours, surtout par le jaillissement de l'apostrophe, le sommet. Manu_eldemanda comment les ministres actuels pouvaient, san.s se souffieler eux-mêmes, apporler des propositions qui étaient pour leur œuvre passée un brOlaot démenti, Et Benjamin Constant, rai!Janl les rôles successifs que, depuis tant d'années, tenait :M. Pasquier, ltù demanda la déllnilion de l'arbitraire. L'impudence de ~1. Pasquier ful eilréme: .il avouait l'arbitraire, disant qu'il (ltait légal et pré'.éra.ble, par là, à l'arbitraire qui s'autorise de la violatlon des lois. Pour son passé, 1.1 rejeta aisément Je fardeau sur la route, en invoqu1nt l'éternel argument des dévialioas et des trahisons: l'expérience et les années ... La loi fut volée plr i34 voix contre 115, c'est-à-dire avec une majorité formée pat les minist.res eull.-m:imes. .. Sur la loi destructive de la liberté de la presse le dobal se renou:vela ardenJ. et âpre mais n"aboulil pas pour la liberté à un résultat plu, heureui;. Celle loi nou• velle replaçait sous l'autorisation royale et so:i& la censure les journaux el même les cahiers pério1iques qui, comme 1, Bibliothèque hislorÏIJue, y

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