132 HISTOlllE SOCIALISTE ce fut lui qui, le 22 février, proposa la discussion. Malgré M. Decazes, le développement de la proposil'on fut remis au 26 février: ainsi le cabinet était vaincu. Ce fut bien mieux quand vint, au milieu de l'émotion générale, le 26 février, le débat sur le fond. M. Decazes, MM. de la RochefoucaultLiancourt, de Lally-Tollendal, défendirent la loi. Ils représentèrent que le calme qui régnait allait être troublé par celle agression injustifiée. Rien ne tint devant les colères liguées contre le cabinet. Pdr 98 voix contre 55, le roi "rut humblement prié» de modifier la loi. Le 4 mars qui suivait, sans même vouloir l'étudier, la Chambre des Pairs écartait la réforme financière du baron Louis. C'était la guerre: M. J?ecazes était allé trop loin pour reculer. La Chambre des Pairs lui était hostile: il y noya ses adver,aires sous une fournée dé 6ft pairs nouveaux, généraux ou revenants du premier Empire, dispensés du majorat pour pouvoir siéger tout de suite et dont le vote lui était acquis. Ce coup de force qui avait raison de la majorité rétrograde et qui dispensait un cabinet d'avoir raison ou lui épargnait, avec l'incertitude des combats, l'amertume des défaites, accrut naturellement la colère des ultras comme il accrut l'enthousiasme libéral. Si jeune était le parlementarisme que l'on acceptait encore, comme le naturel exercice d'une prérogative respectable, cet abus qui rendait mensongère toute discussion et vain tout résultat. Puis, M. Decazes se retourna du côté de la Chambre: il avait hâte d'y trouver une revanche nécessaire à son crédit politique. Il l'y trou va. La discussion sur la propo,ition Darlhélemy souleva un des plus violents orages qui se soit abattu sur une assemblée. L'impudence de M. de Villèle en tut cause. li voulut démontrer que la loi autorisait la fraude et cita à l'appui de sa Lhèse le département du Gard comme ayant eu un nombre d'<\lecleur, plus élevé en 18t7 qu'en 1815. M.de Saint-Antoine, député è.e Ntmes, bondit à la tribune, comme soufOeté par un outrage: « Je vais vous donner la raison de cette di!Térence: en 1815, les électeurs protestants furent menacés de mort par les assassins de Ntmes et, en 1817, ils ont pu voter librement•· Ce souvenir de la Terreur blanche souleva les émotions et les colères dormantes. Les apostrophes se croisent et M. de Villèle, qui restera, comme maire de Toulouse, responsable de l'assassinat du général Ramel, se sent visé. « On aurait dtl poursuivM les coupables •• dit-il. Cyniqu~ imposture Ji Il savait bien pourquoi ils étaient impunis et, au surplus, que n'avait-il, lui maitre de la majorité, réclamé des poursuites? Le 23 mars, M. de Serre, ministre de la Justice, répond. Il rappelle les;crimes, les meurtres, les pillages, il conduit dans ce Midi ensanglanté son auditoire haletant,_ el Il énumère les arrêts de justice innocentant Trestaillon et les assassins de Ramel. Sous celle parole qu·anime un feu contenu, la Chambre est au paroxy,me : elle vote la loi électorale oubliée el la maintient par 150 voix contre 91 : la majorité étail formée des royali;tes ministériels et des indépendants.
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