René Viviani - La Restauration : 1814-1830

U6 HISTOIRE SOCIALISTE pas dire qu'il ail été un courlisan, au sens l'il de ce mot, ce mol désignant .surtout ceux qui, sans valeur d'aucune sorte, s'élèvent pour ainsi dire en s'abaissant. Mais il avait vite vu ce qu'on pouvait tirer de ce roi débile dont l'esprit fatigué n'a,•ait que de rapides éclairs. Des mains de M. d'Aravay, le rùi élail tombé aux mains de M. de Blacas, el c'est ce dernier, exilé magnifiquement à l'ambassade de Naples, que M. Decazes avait remplacé. Patient ~l résigné à la longueur des entreliens quelquefois moros~s, causeur habile et documenté par son séjour au palais de l'impératrice mère et par son passage à la préfecture de police, salisfaisanl les goûts un peu grivois du roi, il excellait lt. faire natlre ces débats lilléraires cl politiques où une stratégie habile faisait de lui l'éternel vaincu el mettait en relief la supériorité royale. Louis XVIII ne pouvaiL se passer de l~i. El même M. Decazes, que les nécessités.de sa charge éloignaient quelquefois du roi, s'était fait suppléer auprès de lui par sa propre sœur, 11'" Princeteau, femme d'un percepteur, venue de Libourne, dont la beauté el la douceur plurent au roi el qui serail devenùe une favorile si ce métier n'impliquait une altitude que la dignité de la jeune femme répudia toujours. 111. Decazes se saisit vile et bien de l'immense influence que lui livrait le roi. Il rassiègea de rapports, de récits, de communications, s·arrManl, reprenant, bifur 1uant, réduisant à la lao~:tude cet esprit vieilli. En même temps il conqu6rait les ministres. M. Lainé finit par se rendre, lui aussi, irrité conlrecette Chambre qui l'avait contraint à la démission. Puis M. Coryetlo. Restait M. de Richelieu qu'elfrayail celle dissolution, mais que le bruit du triomphe ultra-royaliste, dans le Midi, énerva. Quant aux trois autres, on les prévint et ils approuvèrent. Les alliés eux-même, - que M. Decazes les êût ou non avertis - étaient inquiets de la violence des hommes el redoutaient toujours quelque vote de celte Assemblée qui ne respeclail pas les contrats passés et reniait la signature de la France vis-à-vis de ses créan- (},. ciers. Enfin tout le monde tomba d'accord et le 5 seplembre·parul la célèbre ordonnance qui réduisait à ~19 ltJ nombre des députés, qui en son article 2 dissol vail la Chambre, convoquanl Iles électeurs pour le 25 septembre et les députés pour le 4. novembre. Celle ordonnance tomba comme la foudre sur les espérances bruyantes du parti ullra•royaliste, et il faut avoir sous les yeux les journaux de l'époque 'pour se rendre compte de la stupéfaction el de la colère qu'elle produisit. Le comte d'Artois, dont Louis XVIII redoutait les reproches, préféra, se défiant de sa propre violence, s'exiler à la chasse. Les autres r_oyalistes, après être restés sans l'Oix devant l'événement inattendu, se mirent en campagne. Ils prirent pour texte de leurs discours l'omnipotence ministérielle réduisant en captivité le roi dans son palais et il fallut que, M. Decazes flt ln.tervenir le roi pour que fût restitué à ce dernîer l'aéte vigoureux qu'il avait accompli. Malgré tout, les fonctionna.ires hésitaient :

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