René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HO Il!STOIRE SOCIALISTE Le zèle féroce du général Donnadieu ne demanùait qu'un aliment; il allait s'exercer a,·ec une foudroyante rapidité. La cour prévôtale se réunit : deux têtes tombent presque en même temps sous l'arrêt et sous le couper~t. Le goU1·ernement est prévenu. Quels reproches -ne va-t-il pas encourir s'il se montre faible ou simplement humain I Une polilique hardie eôt montré dans ces révolles, qui cherchaient à s'exprimer par le fer et par le feu, le désespoir d'un peui,le ex~spéré par un parlement rétrograde. L'âme débile de M. Decazes ne put s'élever à cette grande tâche. Il préCéra sévir, et il frappa plus rudement encore pour racheter l'apparent libéralisme quïl avait montré. li fait mellre en état de siège le département de l'Isère; la cour prévôtale s'et!ace el le conseil de guerre lui est substitué, la juslice demeurant la même à travers la diversité des juridictions. Le cor.seil se réunit sous la présidence de 11. de Vautié; il avait capturé les ,•aincus, il allait les juger. Vingt el un condamnés se présentent. Trois avocats se lèvent devant eux, couverts d'invectives et do sarcasmes par le président qui at!eclait de manifester son opinion. Si ces paurres êtres étaient coupables au regard de la loi, il y avait des degrés entre eux, et une justice, même implacable, aurait varié ses vcr.dicls. Vingt et une condamnations à mort sont pror.oncées; cependant huit condamnés sonl recommandés à la clémence royale. Quant aux treize autres, on les va quérir à la prison; comme ils pa,sent le seuil de la g()Ôle, le tocsin retentit du glas funèbre de leurs propres funérailles, el ce triste bruit n'est étoutîé que par les détonations des armes qui foudroient les vaincus agenouillés, Cependant l'émolion·est extrême, el aussi la colère. Le général Donnadieu lui-même, iv1e <!esang, mais rassasié, intervient avec le préfet auprès du pouvoir pour lui ~ignaler l'état des esprits et que, peut-être, la grâce_ sera ph,s efflcaC<!S. ur ces ectrefaites, le recours du conseil est arrivé: les ministres délibèrent. M.Lainé veut la grâce au nom de la justice; M. Decazes la repousse au nom de la politique et, sans attendre la dépêche minist~rielle, ordJ:Jane les supplices. Une fois encore le tocsin sonne, la prison· s'ouvre ; huit condamnés s'agenouillent el toinbenl. Epouvantable holocauste I Parmi eux, il en était · deux pour lesquels la preuve de l'innocence avait été fournie par un alibi sérieux, après la rapide comédie de justice, el que le général Donnadieu savait innôcents, et aussi :M. de Vautié, dont les soldats tenaient les armes. Un silence funèbre régnait, lourd et sinistre, sur celle ville si cruellement frappée. Didier. cependant avait fui. Sa tète est mi!IC à prix. AYec: deux compagnons, errants, fugitifs, ployés sous le destin, il allait vers la, frontière de Savoie. Un aubergiste piémontais lilre Didier,mais quand il re-Vient de sa honteuse démarche, Didier, prévenu par la remme, a quillé l'auberge. li est recueilli par de pau"res gens à qui il se conlle: il accepte tout, pourvu

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