René Viviani - La Restauration : 1814-1830

HISTOlfiE SOC1AL1STI, 107 pouvoir rendre plus de servlres à l'l,!{li,e que par des pensé.r, solitaires. Il fil abroger la loi du divorce, au nom rie la famille, de la vcrlu. linOn, denx propositions suprêmes furent faites qui reçurent à la Chambre un enlhousiuste accueil. L'une restituait au clergé la lrnue des livres dr 1'6lal civil, cl 1aisail refleurir en l 8t6 un des abus les 1>lus criants de l'ancien 'rél(ime. L'autre étendait sur l'àme cependant asservie de l'Univer,,ilé la main de l'Eglise. li faut citer le texte mème. • La religion sera d6sormais la base naturelle de l'éducation; les colh'ges el pensions seront désormais sous la snrYeillance immédiate des archevè10e· et des évûqucs; ... les évèques nommeront aux places de principal de coll~ge. Le principal nommera les professeurs; néanmoins les évêques pourront renvoyer parmi ccu~-ci les sujets incapables ou dont les principes seraient reconnus dangereu~ ... • Les ministres étaient las : aussi bien qu'auraient-ils pu rép)nrlre? lis .reconnaissaient, sous des formes violentes, leur propre pensé~, et ne pouvaient que reprocher à la mesure son inopportunité. Inutile grief pour une majorité qui, chaque jour, travaillait à reslituer au monde la pensée glacée du monde <iisparu. Jamais, même autrefois, la réaction n'avait été plus ardente, plus cruelle, plus Apre, plus sûre d'elle-même. Le roi en était erCrayo, cl il per~nit qu'on Lrov~slll devant lui le mot louangeur rlont il a,·ail salué la Chambre dès qu'il avait connu son royali me : « c·e,l la Chambre inLrouvoble ». llllc l'était, en e!Tel, en cc sens qu·on ne pouvait trouver rien de plus rétrograde, même en fouillant les Lombe~, m~me en ranimant les roralistes morts dans l'émigration. Au~sl les ministres, et surtout parmi -eux )1. Decazes, la renvoyôrcnl en clôturnnl la session le 27 avril, et promeUanl cle convoquer la Chambre le i" octobre; le ministère devait revivre, mais non la Chambre. Toul de suite, M. Decazes s'occupa de rendre au minlstôre l'homogénéité qu'il avait perdue, et de remplacer ~- de Vaublanc qui, on s'en gouvienl, avait abandonné un projet ministériel en séance publique, et M. Barbé-Marbois, dont la faiblesse el la médiocrilé n'étaient plus tolérables. Ainsi devenaient vacants le ministère de la Justice, que M. Dlmbray prit par intérim, et le ministère de l'Intérieur, qu'après ùicn des hésitations, et en souvenir de l'altitude de la Chambre qu'!l présldall le 10 avril, M. Latn6 finit par accepter. M. Decazes n'avait qu'une idée: ne plus revoir devant lui celle Chambre dont le spectre menaçant s'offrait partout devant lui. Le spectacle qu'elle avait donné à la France n'avait pas frappé seulement le ministère exposé b. ses plus rudes coups el perpétuellement vaincu par elle. Les alliés commençaient b. s'inquiéter, se demandant si ces ,iolences n'allaient pas soule,er le pays el amener une agitalion 011 se perdraient les engagements pécuniaires pris vis-à-vis d'eux. Mais avant eux, el plus qu'eux, s'était émue la nation, que ce retour Inattendu de l'ancien régime déconcertait, ré,·oltall, épouvantait.1Des rumeurs, puis des plaintes, puis des complots, puis des éc_hafauds,

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