596 HISTOIRE SOCIALISTE lin. Il était trop tard pour l'empereur dont le génie militaire avait besoin, pour prendre son essor, de s'appuyer aux réalités vivantes qui, maintenant. faisaient défaut. C'était peu de chose que l'armée de Paris, presque un fantôme errant sur les remparts ébréchés. Et par-dessus tout manquait la g~ande Ame à qui la défaite souffie un enthousiasme héroïque. Où était-elle, en ces tristes journées d'humiliation, la grande âme de Paris ? Où était le Paris des enrôlements volontaires, où élaieul sa flamme, sou courage et son orgueil? Où était la France? Napoléon, qui a dO poser la question, a dO entendre la réponse, et le million d'hommes que son geste de conquérant avait fauchés a dO défller, eu un éclair sinistre, devant sa mém9ire ... Marmont avait donc signé la suspension des hostilités. Pour lui, la dualité e!Troyable des devoirs allail mainleuanl commencer . Chef militaire, il avait gagné des heures pour permellre à l'empereur, dout des émissaires annonçaient l'approche, de venir saisir d'une main souverai1:e les responsabilités dernières. Dans l'o!Troyable tourmente de fer el de feu qui menaçait de déraciner Paris, il avait arrêté une suspension d'armes. Mais la trève était de courte durée el le canon devait, dès minuit, à nouvern retentir. Que faire ? Attendre? Mais l'heure courait, courait avec les contradictions ironiques du temps, courait pour lui, Marmont, avec une rapidité meurtrière, tandis que pour Napoléun, en carriole de poste sur la route de Paris, les lentes et mortelles minutes à peine se succédaient. El puis, il subit le contact de la ville, la vue des habitants, entendit leur, plaintes. Il cuteudil les doléances adroites du cornmcrr.e, de la finance, et les arguments ingénieux de la haute banque surent, par la bouche de MM.Laffille el Perregaux, trouver le chemin de son cœur. Cependant, que faire? Qu'un chef militaire, submergé pour ainsi dire par le destin, signe une suspension d'hostilités, cela esl possible. Qu'un chef militaire signe même une capitulation purement militaire, cela encore est dans son droit, opprimé par la force. Mais pouvait-on se faire illusion sur la portée politique de la capitulation de Paris~ Ce n'était pas seulement la ville ouverte à l'ennemi, c'était le trône, c'était l'Empire qui étaient livrés ... Cependant, l'heure courait : sur les hauteurs de Paris, la mort, la mort, encore la morl se dressait. Au bas, toutes les rumeurs tour à tour grondantes et adulatrices, la menace, la prière, le sentiment, l'intérêt, les hommes du monde, les hommes d'affaires, tout ce qui cherchait en la paix le repos, le plaisir, le luxe, tout fut pour Marmont une intolérable contrainte. Dans celle ville, tout ce qui possédait désirait secrètement la paix, et, puisque la paix dépendait du succès des armes ennemies, souhaitait l"abominable triomphe : l'armée épuisée, le peuple silencieux, la bourgeoisie et l'aµtocratie impériale ardemmeul attachées à la capitulation, tel était le spectacle qui s'offrait à Marmont. • Je ne suis pas le cher du gouvernement, disait-il. I
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