Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

592 lllSTOIRE SOCIALISTE ment en avant; des carrés de la garde sont enfoncés ou anéanlis; Napoléon courL à la tête de ses troupes et, au mépris des balles qui sifllent à ses oreillles, se bat comme un lion; sous l'élan d'une héroïque folie, il se tient au plus fort de !"action et stimule les énergies défaillantes de ceux qui présagent déjà le désastre. La tuerie recommence le lendemain; force est aux Français de repasser l'Aube, tandis que les canons de Schwartzenberg jettent sur eux une pluie meurtrière de boulets. Néanmoins, la résistance des Français, leur intrépidité el la rapidité avec laquelle ils avaient, depuis le début de la campagne, renoul'elé leurs attaques au lendemain même de leurs échecs, en avaient imposé aux alliés. Leur supériorité en nombre n'était pas même de nature à les aflermir dans leurs de,seir.s. On le vit bien lors du conseil de guerre réuni à l'instigation de Sclnrnrlzenberg après le combat d'Arcis-sur-Aub~. Il semble qu'à celle conférence se soient fail jour les sentiments vérit4bles des alliés à l'égard de Napoléon; comme ceux-ci venaient d'être informés de l'occupalion de Saint-Dizi~r par l'empereur et de ses desseins de Jonction avec les garnisons des places fortes, il y en eut parmi eux qui proposèrent, tant l'issue de la campagne leur semblait en ce moment douteuse, la retraite sur Dijon el la frontière. Ce sentiment par trop timoré ne prévalut point, et les alliés furen l contraints d'approuver le plan hardi el ingénieux que venait d"élaborer le czir Alexandre, Perdant le contact avec Napoléon, el laissant à Wintzingerode le soin de le suivre avec une petite troupe, les alliés, refm,anl ainsi à l'empereur la seule chance de salut qui lui restât, prononcèrent vigoureusement leur mouvement sur Paris; l'armée de Blücher cl celle de Schwartzeoberg marchaient parallèlement. L'invasion allait désorm1is écraser tous les obstacles grâce à l'initiative hardie et périlleuse du czar. Marmont el Mortier, qui s'elforçaient, obéissant en cela aux orrlres deNapoléon, de joindre les troupes impériales, se heurtèrent, à l~ère-Champe• noise, le 25 mars, aux alliés; il ne leur avait pas été possible d'éviter le combat, débordés de Ioules parts par les masses ennemies. Les Français, dont l'effectif total ne dé;:iassait guère 16 000 hommes, soutinrent le combat avec une incroyable énergie; ils purent se replier sur Paris sans trop de pertes, grâce à l'intrépide intervention du général Paclhod, commandant de plu,icurs divisions de la garde nationale, qui attira sur ses troupes le feu des régiments de Blücher. Cette nouvelle rencontre, si imprévue, surpassa en sanglants héro!smes tout ce qu'on avait soulferl et connu jusque là; PJcthod et ses -soldats, un peu plus de 4 000 hommes, après avoir pris vigoureusement l'offensive contre l'avant-garde de l'armée de Silésie, furent entourés par l'ennemi, taillés en pièces et massacrés ~ans merci; quelques centaines à peine purent, le soir venu, se mettre hors de la portée <lesboulets; tout le reste avait péri. La route désormais s'ouvrait libre, et rien ne devait plus s'opposer l l'arrivée des alliés sous les murs de Paris. HENRI TuaoT.

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