564 HISTOIRE SOCIALISTE Le décret de 1791, comme on vient de le voir, visait donc aussi bien le compagnonnage que les autres formes d'associalions, et nous sal'ons déjà que la légi,lation uapoléonienne se conforme, sous ce rapport el avec empressement, à la conception de la Constituante. Et pourtant le compagnonnage survécut, sans doute parce que l'institution visait beaucoup plus à organiser le tour de France , à maintenir jalousement l'esprit de corps, à garder certaines traditions rituelles, qu'à défendre les intérêts proressionnels des participants. Ce serait 1,ourtant une erreur de croire que le compagnonnage a été sans influence sur les conditions du travail : nous savons, au contraire, qu'il pouvait, dans une large mesure, faire 1arier la loi de l'offre el de la demande, en cas de différend aùoutissant à une grève, par exemple, les compagnons quillaienl presqu'aussitôt la ville en avertissant les compagnons des autres ,illes de ne pas se diriger vers la localité, siège du conflit. lllais bien rares étaient les occasions d'une pareille intervention, et le compagnonnage, qui aurait pu donner au prolétariat une sorte de cohésion, un commencement d'organisation, se manifestait alors presqu'exclusivement par des rivalités farouches entre affiliés de rites différents. En !801, 1802 1803, 1804 et 1806, des rixes sanglantes éclatèrent à Nanl~s entre menuisiers et couvreurs, entre charrons et maréchaux-ferrants. En 1808, les compagnons d'Angoulême, furieux de l'intrusion des cordonniers dans le compagnonn:ige résolurent d'exterminer les sabourins, comme on les appelait. La bataille s'engagea, dura huit jours et ne cessa que grâce à l'intervenlion des troupes. Quelquefois, les compagnonnages rivaux d'un même métier, las de se battre, ont organisé des concours dont le prix était soit une somme d'argent, soit le droit de travailler dans une ville, à l'exclusion des vaincus; au lieu d'amener l'apaisement, ces concours ont souvent été l'occasion d~ nouvelles luttes où la force brutale avait le dernier mot. En 1803, à Montpellier, les menui,iers du Devoir et ceux du Det•oir de Liberté décidèrent une lrève pendant laquelle les meilleurs ouvriers des deux camps feraient un cher-d 'œu vre. Le travail à faire, des deux parts, était une chaire à prêcher. Mais avant que les travaux ne fussent achevés, les deux partis en vinrent aux mains el chacun prétendit avoir remporté la victoire. En fin de compte, les deux sociétés se trouvèrent plus irritées que jamais. En 1808, à Marseille, concours entre les serruriers: les deux concurrents furent enfermés dans une chambre, les gavots gardant à vue le dévorant, le~ dévorants gardant de même le gavot. Jusqu'à la fin du travail, les deux ouvriers ne devaient recevoir du dehors que leurs aliments ; pu de communication par parole ou écrit. Après plusieurs mois de claustration, le compagnon dévorant avait terminé sa serrure avec sa clef; l'autre n'avait encore,
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