Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOIRE SOC!ALISTI!: 531 rumeurs menaçantes au't oreilles des préfets : eux aus•i attendent de l'État du travail ou du pain. Si bien que voici d·accord ouvriers el patrons, capitalistes et prolétaires, pour reconnaitre la nécessité de l'intervention de l'État dans le règlemen L de la pro luclion industrielle. l'l'est-ce pas là une mani .e. ,lation timide, mJis caractéristique, de la tendance vers le socialisme d'État, envisagé comme remède à la lutte ruineuse el brutale des initiatives individuelles abanC:onnocs à elles-mêmes? A cette tntervenlion gouvernementale, Napoléon, d0 ailleurs, ne se déroba pas : aux appels des gros industriels, il vinl largement en aide par de!i a1ances d'argent. • Napoléon, dit Levasseur, essaya d0 tenir tète à !"orage. Il fit secrètement faire des achats de matières à Rouen, pour qu'on crùl à une reprise des alTaires; avancer à des manufacturiers d'Amiens le prix dts salaire,, pour que leurs ouvriers ne re,tJ,scnt pa, -ur le pavé; commander des soierie, à Lyon, des articles d'équipement militaire à P,ris: remèdes impubsants. II en tenta un autre, malgré les repré,entations de Mollien, il fil des prêts aux manufacturiers : un million el demi d'abord; puis, une seconde fois, un million et demi en 1810. Plus on donnait, plus il arrivait de demandes au ministère, quelque •ecrel que l'on apportât dans ces opérations. On rrpou~sa beaucoup de pétitions, el cependant, au commencement de l'année 1812, on avait employé à ces secours une somme de 18 riiillions pris sur la caisse du domaine eAtraordinaire; à l'époque de la chute de I Empire, la moitié de ces créances u'Hail pas encore recouuée. • On commençait à raisonner économie politique el l'on murmurait. Napoléon, qui lisait les lellres des négoci,mts, le savait. Arnnt de s'eng ,gu dans la lointaine campagne de Russie, il fil venir les délégués du commerce el leur parla avec celte éloquente brusquerie qui déconcertait ses interlocuteurs : « JI ne connatl que son métier de soldat, répélez-1ous souvent; il n'e11len I rien au commerce et il R'a personne autour de lui pour lui apprendre ce qu'il ignore. Ses mesures sont extravagantes et ont causé notre ruine actuelle. Vous qui dites cela, c'est vous qui n'entendez rien au commerce el à l'industrie. Vous avez cru qu'on pouvait faire sa fortune en un Jour, comme on la fail quelquefois à la guerre en gagnant une bataille. " Il attribuait, avec quelque raison, la crise à la témérité des spéculateurs; mais sans songer que la spéculation elle-même avait trouvé son stimulant dans les mesures du blocus continental; il ajoutait : • Je sais vos alTaires mieux que vous ne savez les miennes. " Et pour mieux les connaitre encore, ces affaires commerciales, pour essayer de conjurer la crise, Napoléon décida la création d'un mini,Lère de l'Agricullure, du Commerce et del Industrie. (Janvier 1812.)

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