Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

Il ISTOI RE SOCIALISTE En 1810, il n'e:1.istail encore qu'une machine à haute pression, el une quia- , zaine à has-e pres,ion, employées pour élever l'eau. Le premier emploi d'un moteur à vapeur pour filature date de 1812, à Mulhouse. En définitiYe, la machine à vapeur ne S<' révèlera officiellement qu·à l'E,position de 1819, où une médaille d'argent fut attribuée, pour leur présentnlion, à deux const, ucteurs de Saint-Quentin. Mais pourtant nous voici Mjà en pleine invasion du machinisme : à la <1uenouille et au rouet s'est substitué le mélierà lisser; à l'aleliervasurcéder la manu raclure; l'ouvrier va tomber sous la domination du capitaliste, et le prolétariat industriel est constitué par la rét.nion des travailléurs jadis isolés. Chaptal est frappé de ce changement, qui écrit les lignes caractéristiques que voici : • Les machines, qui remplacent aujourd'hui la main de l'homme dans presque touti,s !es opérations de lïndustrie manufacturée, ont opéré une grande révolution dans les arts : depuis leur application, on ne peut plus calculer les produits I ar le nombre des bras employés, puisqu'elles décuplent le travail, eL l'étendue de l'industrie d'un pays est aujourd'hui en raison du nombre des machines el non de h populaliou. » Et comme il sent autour de loi une sorte d'appréhension sur les conséquences d'une si brusque transrormation économique, Chaptal s'exprime sans détours sur cette fatalité inéluctable; il ne s'attarde guère à déplorer le chômage ou l'abaissement des s~laires : • Les machines, dit il, en diminuant le prh de la main-d'œuvre, font baisser celui du produit, et la con,0111111alionaugmente dans une proporlio11 plus forte qne celle de la diminution des !Jras. [)'ailleurs, il n·est pas au pou voir d'une nation de ne pas adopter le,; machines dont on se sert ailleurs. • Toutefois, cette invasion du machiuisme n·esl pas sans inquiéter le président de la Société pour l'encouragement de l'industrie nationale, el sï! se console de la misère qui en peut résulter, il emisage avec moins d'indifférence les conséquencès sociales des agglomérations industrielles. • Lorsque, dit-il, la 1,'llerre ou des prohibitions ferment des débouchés aux produits industriels, on voil al'ec douleur des réunions d'hommes inaetirs souffrir, s·agiter, et, trop souvent, lroubl<-r le repos public. li eût été il désirer, sans doute, qu'au lieu de former ces agglomérations d'indil idus pour exploiter quelque genre d'industrie, on les eût laissés disséminés dans les campagnes, où la fal;ricalion n'eût été qu'un utile auxiliaire des travau~ de la terre. • Mais on ne remonte pas le cours de l'évolution, el Chaptal, si etrrayé qu'il rot des phénomènes économiques dont il était témoin, ne pnl s'empêcher d'en constater les résultats. En 1812, six ans après !'Exposition dont nous venons d'examiner la physio-

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