Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

492 HIS'J'OIRE SOCIALISTE un !l(>pilamoureux qni se transforma chez M•• de Staël en hostilit6 violente contrr Cf'lui qu'elle voulut conquérir. JI, affi·menl, en ci:anl quelques textes à l'appui, que M•• de Staël, pressentant le ,oie futur du jeune général, joua vis-à-vis de lui la comédie de la passion. « Je me rappelle, dit Bourrienne, que, dans une de ses lettres, M•• de Staël clirnit à Donaparle qu'ils avaient ét3 créés l'un pour l'autre; que c'était par su ile d'une erreur des institutions humaines que la douce et tranquille Joséphine avait été unie à son sort; que la nature semblait avoir destiné une âme de feu, comme la sienne, à l'adoration d'un homme tel que lui. Toutes ces extravagances dégo0taient Napoléon il un point que je ne saurais dire. » A l'appui de cette assertion, on cite enco1·e une entrevue racor.tée par Arnault, et qui eut lieu dans une fêle donnée par Je ministre des relations extérieures : • On ne peul aborder votre général, me dit-elle, il faut que vous me « présentiez à lui•. Elle accabla :ïapoléon de compliments; lui, laissait tomber la convc,sation; elle, désappointée, cherchait tous les sujets possibles. « Général, quelle est la femme que vous aimez le plus? - La mienne! - « C'est fort sim·ile; m,is quelle e,l celle que ,ous estimez le plus? - Celle « qui sait le mieux s'o ·cuper de son m,·nage. - Je le conçois encore . . Mais • enfin, quelle serait pour vous la première des femmes? - Celle qui fait le « plus d'enfants, madame "· Et, là-de,sus, Bonaparte lui tourna k dos, la Jais,ant interloquée de ces glaciales réponses à des arnnces qu'elle considénit comme la préface du roman échafaudé dans sa féconde imagination d 'inlrigan le. >> Lucien, dans ses Mémoirn, rapporte en outre certains propos que lui aurait tenus Napoléon au sujet de ,\t·· de Staël. « Je la connais bien ... Elle a déclaré à quelqu'un qui me l'a répété que, puisque je ne voulais pas l'aimer, ni qu'elle m'aimât, il fallait bien qu'elle me haït, parce qu'elle ne pouvait pas rester inditrérente pour moi. Quelle Yir;1go ! » El ~J. Arthur Lévy, qui a rassemblé tous ces témoignages, conclut que l'ave,sion clc llonapartc eut pour effet de transformer le rêve ambitiem de li•• de Staël en un véritable cauchemar et que l'amour fit place, chez elle, à une haine ,iolcnte. Nous ne disputerons pas sur ce point qui, au demeurant, est de mince importance. li est iudi-cutable que ~1-• de Staël eut, à l'origine, des sympathies forl vin,; pour Bonaparte. Sc changèrent-elles en animosité par suite d'un Mp,t d'amour ou par l'indignation qu'inspira à certaines Ames l'ambition g, audi»ante du despote? C'est là un débat où nous ne saurions nous allarJer.

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