Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

!llS'l'OIHP, SOCIALJS'l'E ne ,01 ;.:erait, après l'avoir lue, it taxer <l'exagération la Yéhémente apostrophe <le Chall'aubriand dénonçant, dans son pamphlet ~nr Buo1111parle la déchéance des lcllr••, i, celle 1'poque maurlite. li <'sl curieux cl edifianl d'oppo.cr it la plalitu,le !le Hernarùin clc S,tint-Pierre la superbe protestation de l'auteur d'.\l3la: "Tvule liberté e,pire, tout <entiment honorable, toute prnséc généreuse de\'iennenl des couspirdtions contre l'Etat. Si on parle lie vertu, on est suspect ; louer une belle action, c·esl une injure faite au prince. Les mols changent d'acception : un peuple qui comùal pour ses souverains légitimes est un peuple de rebelles, u11 traitre est un sujet fidèle; la France entière deYienl l'empire du men-onge: journaux, pamphlets, discours, prose et Yers, tout fü·guisc la vérité. Sïl a fait de la pluie, on assure qu'il a fait du soleil ; si le tyran s'e,l aYaucé au milieu du peuple muet, on assure qu'il s·e,l aYancé au milieu des acclamations de la foule. Le but unique, c'est le prince: la morale consiste à se dévouer à ses caprices, le devoir à le louer. li laut surtout se récrier d'admiralinn lorqu'il a fait une faute ou commis un crime. L~s gens de lettres sont forcés par des menaces à célébrer le despote. Ils composaient, ils capitulaient sur le ·aegré de la louange, heureux quand, au pri, cle quelques lieux communs sur la gloire des arme,, il avaient acbelé le droit de pousser quelques soupirs, de dénoncer quelques crimes, de rappeler quelque, , érités pro-cri les. Aucun !il re ne pouvait paraitre sans être marqué de l'éloge de Buonaparte, comme du timbre de l'esclavage; dans les nouvelles éditions des anciens auteurs, la censure faisait ret,ancher tous les passages contre les conquérants, la ,ervilude et la tyrannie; comme le Directoire avait eu des;;ein de faire corriger dans les mêmes auteurs tout ce qui parlait de la monarchie el des rois. Les almanachs étaient examinés avec min et la conscription forma un article de foi dans le catéchisme. Dans les arts m~rne senitude. Buonaparle empoisonna les pestiférés de Jaffa, on fait un tableau qui le repré,enle louchant, par excès de courage et d'humanité, ces mêmes pestiférés. « Au reste, ne parlez point de l'opinion publique: la maxime est que le souverain doit en disposer ch ,que malin. Il y avait à la police perfectionnée par Buonaparte un comité chargé de donner la direction aux esprits, et, à la tète de ce comité, un directeur de l'opinion publique. «L'imposture et le silence étaient les deux grands moyens employés pour tenir le peuple ri ans l'erreur. Si vos enfants meurent sur le champ de bataille, croyez-vous qu·on fasse assez cas de vous pour vous dire ce qu'ils sonL de,enus? ·on vous taira les é\(inemenls les plus importants à la patrie, à l'Empire, au monde enlier. Les ennemis sont à i\leaux, vous ne l'apprenez que pn la fuite des geus de la campagne: on vous enveloppe de ténèbres; on se joue de vos inquiétudes ; on rit de vos douleurs; on méprise ce que ,ous pouvez senlir et penser. Vous l'Oulez élever la vols, un gendarme vous

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==