Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

476 HISTOIRE SOCIALIS'rE mépris. Aussi a-t-on le droit de porter les jugements les plus 5évères sur une époque artistique où les esprits indépendants durent s'exiler pour ne point subir les turpitudes ou les tyrannies du pouvoir. Quel écrivain, digne de ce nom, pouvait s'accommoder d'un régime où la pl<tiludc el la servilité atteignirent le degré que révèle ce passage, particulièrement édifiant, d'un discours prononcé par Bernardin de Saint-Pierre dans une séance de réception à l'Académie francaise : « Enfin le ciel nous envoya un libérateur. Ainsi l'aigle s'élance au milieu ries orages; en vain le, autans le repoussent et font reployer ses ailes, il accroit sa force de leur furie, et, s'élevant au haut des airs, il s'avance dans l'axe de la tempôte, à la faveur même des vents contraires. Tel apparut aux regards de l'Europe conjurée cet homme dont la vertu s'accroit par le, obstacles, ce héros philosophe, organisé par l'empire. Il vole d·abord au mi,Ji, la foudre dans la main et le ca•lucée de l'autre. Il s'élève au - dessus des trônes et répare les injures faites aux nations; bienlùl il plane sur l'Egypte, et joignant à la lerreu,· de ses armes les bienfaits de la philosophie, il fonde un inslilut dans J'antique roiauri,e des Pharaons redevenu barbare. li revole vers la France alarmée, il en relève le trône pour la gouverner, el y joint celui de l'llalie pour l'alTermir. Il rétablit en même temps l'Académie française, pour rendre aux m11~csleurs anciens asiles et Joindre la gloire des leltres à celle des armes. La France n'élail alors défendue su~ ses frontières que par des villrs fortifiées; il l'entoure d'une confédération de nouveaux royaumes qu'il a créés. En vain l'ourse boréale s'en irrite, et toute hériss~e de frimas, vomit contre lui les météores des plus alTreux hivers: il accourt ver, elle et renverse tour ù tour trois puissants souverain, qui en défendaient ,., barrières. Mais, commJ s'il n'eùt couru que dans une lice d"honneur, il les relève tour il tout· cl leur offre la paix et so,1 alliance. Enfin, le plus puissaut d'entre eux, dont on avait voulu raire le plu, implacable de se, ennemis, vaincu pat· sa générosité, devint le premier de ses ami,. «Otoi, qui projettes en sage et exécutes en héros, sois l'amour des humains, mets ta gloire dans leur bonbeur! Sans doute, une grande renommée est déjà ac 1uise. Toutes les classes de l'Institut te célébreront à l'envi. La géographie décrira les régions que tu as parcourues ; l'h istoir.i célébrera tes conquêtes, tes victoires, t"s traités au dehors, ton administration au dedan;; le, arts diront les monuments que lu as éle,és à Apollon, à Minerve, au redoutable dieu de la guerre. llfais lorsque le bruit des canons annoncera à la capitale le retour de tes phalanges invincibles, que de, foules de jeunes (•pou,es et de filles couronnées de fleurs se précipiteront dans les rangs de te, soldats couverts de lauriers, pour y embrasser des pères et des époux qu'elles croyaient perdus; qu'élevant leurs bras et leurs couronnes de fleurs vers ton char de triomphe, elles t'environneront de danses el de chanta de

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