Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

HISTOIRE SOCIALISTE 475 On pouvait attrndre de l'ancien conventionnel un peu de dignité et l'on espérait que ,on discours trancherait :nec la servilité coutumière des courtisans : il n'en fut rien, et l'auteur de Tibère s'abais,a, sa11ghésitation, au nivulu des plus ,ils flatteurs, par cette ~éroraison où il affirmait que l'art d'écrire refleurissait sous les auspices du :.taltre. • Il sera guidé par vous, s'écria Chénier, en des routes certaines; autour de 1ous, brille1ont lts talents ranimés à votre voi~; le génie naitra ùe luimème appelé par le génie, el tous le, genres de gloire appartiendront au siècle de Votre Majesté. • Paroles lie bassesse et de mensonge I Les orateurs de 1'111slitutpouvaient bien proclamer, comme le faisaient quelques-uns avant le ministre de l'Intérieur, que, • à la vc,h d'un prince ~énéreux allait s"allumer dans IPsAme, la flamme créatrice de toutes le, grandes conceptions•• il devint bientôt manircste que cette Damme créatrice ne ~aurait briller dan~ une atmosphère de tyrannie et que la liberté est aussi néces-aire au développement de la littérature et des arts que l'est, pour nos poumons, la présence de l'oxygène dans l'air que nous respiron,. Non seulement par les Journau~, mais par les livres même, la lil.l!'rlé de l'cFprit Hait violentée, et jamai~, à aucune époque, on ne vit censure 1>lustyrannique attenter davantage à la dignité de !'écrivain: les valets tenaient, par leur zèle, à interpréter le plus brutalemenl possible la pensée impériale si catégori11uement manircstée duns ces paroles adressées un jour au Conseil ,rEtal : • C'est à l'idéologie, à cette ténébreuse métaphysique <Jui, en recherchant avec subtilité les ci.uses premières, veul sur ces bases fonder la législalion des peuples au lieu d'ap~roprier les lois à la connais,ance du cœur humain el aux leçons de l'histoire, qu'il raul attribuer tou, les malhrurs qu'a éprouvés notre belle L•rance. • C'élail la 1,uerre déclarée à tou, ceut qui pensent, rêvent de Justice el de beauté, à tous les philosophes, à tons les écrivain<, à tous les arli,tes. Il n'y a pa~ lieu de s'étonner, après de si véhémentes proclamations, du 1égime instauré par Napoléon. Les mernres prises sous son règne coutre la liberté de la presse, commo les manife,;lations les plus diverses de la pensée, sont de sors garants de l'oppression qu'il exerça sur le, e,prils. Des historiens, prenant pour base de leurs enthousiasme, les institutions impériales et les décrets qui se rapportent aux arts, onl exallé la sagacité el l'intelligence e,thétique èe l'em~ereur. Ils ont estim,·, el la philosophie de l"hi,- toire leur a donné tort, que les pensions, les libéralilés, les honneurs, les concours établis par Napoléon avaient contribué. le plus ertlcacement du monde, au développemenl, au libre es,or et à la gloire des lettres françaises. Mals ces biographes lrop fervents oublient de dire que la protection impériale ne Ill que donner aux médiocres des avantages el des profils mal6rlels, Lerme■ derniers de leur ambition. Une litl~rature encouragée dans ses plaUludes, des art.a aoutenua par de tels moyens ne méritent que dédain et

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==