Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

460 HISTOIRE SOCIALISTE deur de ~·rance à Saint Pétershourg rut aussitôt chargé d'entamer des négocialions. La cour de Russie accueillit les ouvertures dP, notre ambas,adcur avec courtoisie, mais fit allendre sa réponse, posa des conditions, si bien que Napoléon, humilié de tant de tergiversations, se retourna brus11uement vers François d'Autriche, qni accueillit avec empressement l'amb:issadeur extraordinaire, Berthier, prince de Neufchâtel, arrivé en toute hâte pour présenter la demande oruciellc. Quant aux démarches officieuses qui précédèrent, elles avaient été faites - la chose est d'une originalité tr,,p curieuse pour être passée sous ~ilence - par la divorcée de la veille, par Joséphine en per-onne I M. Arthur Lévy, auteur de Napoléon intime, l'établit par une pièce irrécusable. Laissons-lui la parole : • Un mois à peine après le divor~e, dit-il, Joséphine, secondée par sa fille Hortense, faisait à M•• de Metternich des ouvertures en vue d'un mariage possible entre Napoléon et l'archiduchesse d'Autriche, et ce fut avec l'ex-impératrice que se continuèrent les négociations. La preuve de ce que nous avançons est officielle et irrécu•alile; elle est dans les instructions envoyées de Vienne par le prince de Melternich à l'ambassadeur d'Autriche à Paris. Nous y lai•son~ ceci : « L'ouverture la plus prononcée nyant été faite « par l'impératrice Joséphine et la reine de Hollande par M•• de Melternich, ccSa ~lajesté l'empereur d'Autriche n'en croit pas moins suivre cette voie • nullement oCficielle et, Jar conséquent, moins compromettante, pour faire • parvenir sans fard ses véritables intentions à la connaissance de l'empe- • reur :-iapoléon. • Une intervention si inattendue ne pouvait manquer d'être etflcace, et on procéda sans relard aux cérémonies du mariage par procuration, qui eut lieu à Vienne, le U mars 1810. Nous ne saurions nous attarder dans le détail ni des incidents pourtant a,sez drôlatiques qui suivirent, ni des scènes assez piquantes, où Napoléon montra un tel empressement à préparer pour la ~'rance un héritier à sa couronne, qu'il n'l).tlendit point, pour pénétrer dans la chambre de Marie-Loube, rougissante et confuse, la consécration d~llnitive du mariage civil, fixée au i" avril. Les tapis de Compiègne, témoins indiscrets de la première entrevue, durent pousser, dès celte nuit du ~ mars 1810, les exclamalions de Joyeux étonnement que recueillit plus lard un poète contemporain. Pour la ~econde fois, en moins de quarante ans, le peuple de France voyait ainsi une • Autrichienne • installée sur le trône ; après Marie-Antoinette, Marie-Louise, aussi peu dignes l'une que l'autre de sympathie el d'estime. L'histoire fut impitoyable pour la première; elle ne saurait être moins sél'ère I our la seconde qui, suivant une expression forte, fui également audessous de sa prospérité et au-dessous de ses malheurs. Epouse sans cœur, mère sans tendresse, impératrice sans dignité, elle ne rut jamais qu'une

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