Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

IIISTOIRE SfJCIALIS'l'E ) le, p'u, anciennes el les plus riches, el d'cnl'oyer de force leurs enfanls à l'école de Saint-Cyr, • Si l'on fail quelque objeclion, ajoulait le despote, il n'y a pas d'autre réponse à faire que : tel est mon bon plaisir. » C'était la terreur organisée dans lout le pays, et si nous en voulons un tableau singulièrement tragique, 11ouspouvons l'emprunter à la plume véhémente de Chateaubriand, qui s'écrie 1 : « Le code de la conscription sera-un monument éternel du règne de Donaparte. Là se trouve réuni tout ce q_uela tyrannie la plus subtile el la plus ingénieuse peut imaginer pour tourmeruer et dévorer les peuples : c'est , éritab!ement le code do l'enfer. » ,, Les générations de la France élaient mises- en cou-pPSréglées, romme les arbres d'une forêt: chaque ann~e, qnalre-vingt nulle jeunes gens étaient abattus. Mais ce n'était là que la coupe nigulière: souvent la conscription était doublée ou fortifiée par des levées extraordinaires; souvent elle dévorait d'avance les futures victimes, comme un dissipateur emprunte sur son revenu à venir. « On avait fini par prendre sans compter, l'ilge légal, les qualités requises pour mourir rnr un champ de bataille n'étaient plus considérés, el l'ineiorahle loi montrait à cet égard une merveilleuse indulgence. On remonlait vers l'enfance, on descendait vers la vieillesse: I•!réformé, le remplacé étaient repris; lei fils d'un parent artisan, rachelo trofa fois. au prix.de la petite fortune ,Je son père, était obligé de marcher. Les maladie~ les infirmités, Il•; défauts du corps n'étaient nlus une raison de salu1. Des colonnes mobil•·s parcouraient nos. provinces comme un pays. ennemi, pour enlev1lr au peuple 8es derniers enfants. Si l'on se plaignait de ces ravages, on répondait que h•s colonnes mobiles étaient composées de !Jeaux gendarmes qui consoleraiP,nl les mères et leur rendraient ce qu'elles avaient perdu! Au défaut du frère absent, on prenait le présent. Le père répondait pour le fils,. la femme pour le mari : la responsabilité s'étendait aux parents les plus. éloignés el ju •qu·aux voi,ins. t:n village de1enait solidaire pour le conscrit quïl avait vu nallre. Des garnisaires s'établissaient chez le paysan et le forçaient à vendre son lit pour les nourrir; pour s'en délivrer, il fallait qu,iJ trouvât le consw·il caché dans les hois. L'~bsurde se mêlait à l'atroce : souvent on deman lait des enfants à ceux qui élaienl assez heureux pour n'avoir point de postérité; on employait la violence nour découvrir le porteur d'un nom qui n'existait que sur le rôle des gendarmes ou pour avoir un conscril qui sen-ait déjà depuis cinq ou si, ans. Des femmes gMsses ont élé mises à la torture alln • qu'elles révélassent le lieu où se tenait caché le premier-né de leurs entrailles.; !les pères ont apporté le cadavre de leur fils pour 11rouverqu'ils ne pouvaient i. De BMonupa.nl K CM, Bourbon,, man. t8ti.

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