Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

332 II !STOi RE SOC! ALISTE Schlrgel, dont nous avons cité déjà l'ouvrage si curie ux s'e,primc làde,sus en termes lrès formels qu'il faut reproduire : h élas, les occasions ne ~ont pas fréquentes qui nous permettent de trouver l'e xpression de l'opinion publique, si impiloyablemcnt muselée snr la presque totalité du territoire européen. Schlégel, rappelons-le, écrit en 1813; son témoignage, par conséquent, est précieux à retenir : • Les admirateurs de Bonaparte, dit-il, comme dé fenseurs officieux ùe cet anathème général contre le commerce anglais, soutiennent qu'il doil lourne,· à l'avant ,ge du commerce intérieur et de lïndustrie al!r icole el manufacturière ùu continent; ils se fondent sur ce que l'Angleterre a ellc-m~me une quantité de lois prohibitives sur l'importation de l'ôtr,111ger. Il faut d'abord rrmarquer que l'exportation aussi est anéantie par le S)·stème continental, puisque celle pour l'Angleterre est interdite par !e décret de blocus, el qu'il n'y a point de marine pour protéger le reste de la navigation des pais qui sont en état d'hostilité contre elle. Lo transport par terre à de grandes distances est tellement col1leux qu'il rend le débil de beaucoup d'espèces de produclions absolument impossible, el les canaux qu i doivent ;uppléer à la na,igalion extérieure ne sont jusqu'ici que de magnifiques projets. Ensuite les mesures prohibitives à l'égard de l'importation, p rises avec les précautions et les modifications convenables, peuvent avoir un bon effet, lorsque dans uu pays il y a déjà un mou\·ement progressif dïnduslrie et de p rospérité; car il est clair quïl faut de~ capitaux disponibles ou du moins des épargnes pour améliorer l'agriculture el l'exploilalion des p roductions naturelles, pour fonder des manufactures et les perfeclionner; ri en de toul cela ne se fait sans de grandes arnnces. Mais quand les \illes marilimes, naguère si uµuleutes, sont totalement ruinées par la fermeture ù e leurs ports; quand luute espèce cl'indmtrie est écrasée par le poids de, imp ôts: quand la guerre, moins économe de la \ie humaine que jamais, fait co ntinuellement des saignées à la population, el enlève chaque année une grande par tie de la jeunesse aux travaux utiles; alors la prohi!Jilion subite el générale des importations auxquelles on s'était habitué depui, longtemps n e peut conduire qu'à des résultat, fâcheux. Les manufactures indigènes, d élivrées de la concurrence, fourniront des marchandises chères et de mauva ise qualité; une cherté artificielle et disproportionnee avec les moyens d'acquér ir s'étendra sur toulf>s les denrées; ne pouvünt plus atteindre aux jouissances accoutumées, tout le monde se r~,ignera aux privations; le défaut de consommation diminuera la recette des impôis indirects, et forcera le gouvernement d'en rehausser le tarif, ou, s'il col pos,iblc, d'en inventer de nouveau1; la misère et la dépopulation augm~nleronl ùans uue progression elTrayan te. Aussi la France et tous les pay:; soumis à son ré1,ime :;'appauniHent-11s à vue d'œil. Que l'on

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