Paul Brousse & Henri Turot - Consulat & Empire : 1799-1815

Il ISTO fil E SOCIALISTE 327 L'entente s'annonçait pourtant comme profonde el durable. Nous avons vu dl'jà qu'à Tilsitt les deux empereurs rêvaient de partager le monde: en échange des espoirs que lui donnait Xapoléon, Alexandre s'engageait à observer le blocus el à fermer ses ports à l'Angleterre. Un p~u plus d'un an après, la famruse entrevue d' Erfurt (septembre 1808), deslin6e à resserrer des liens d·amilié déjà si étroits, aboutit, semble-t-il, à un résultat diamétralement opposé, el l'éclat des fêles, la somptuosité du cadre furent insuffisants à clis5imuler les premiers symptômes de discorde,. Déjà les deux souverains es•ayaienl de se duper l'un l'autre el la troupe du Théâ.tre français quïllustrail alors Talma, n'était pas la seule à jouer la comédie. En app:1rcnce, le~ ·empereurs s'accablaient de témoignages d'affection et de fidélité: clè, le Iremier jour, en entrant l'un el l'autre dans la petile ville saxonne, s1 lendi lement parnisée el parée, ils échangeaient une fraternelle accolade en présence des rois, des princes, des ducs, des hauts diplomates, accourus en foule el, rivalisant de flagorneries el de bassesse~, Alexandre el Napoléon alî,,ctaient I:un el l'autre la tranquillité d·àmc et la joie d'être réuni,; le soir, au théàtre, le czar soulignait d'une sensationnelle poignée de main le fameux vers d'OEdipe: L'amitié d'un grand homme est un bienfail des dieux, Pendant la journ6e, Napoléon faisait semblant d'oublier tout soin politique el de se complaire aux débats littéraires el philoso;,biques, ,entretenant avec Wieland, un grand écrivain allemand, et témoignant à Gœlhe, le génial poète, une courtoise dérérence. • Voilà un homme 1 • s'écria-l-il la première fois que lui fut présenl6 l'auteur de Faust et de 1,Vert!ier; el, tout aus-itôl, il songea, du reste, à tirer parti d'un si flatteur hommage, essayant d'obtenir du poète, en écl11nge, un plaidoyer éloquent en faveur ùe César : « Il faudrait écrire une pièce, di-ail-il, où la mort de César fût dépeinte. de manière plus digne el plus grandiose que Vollaire ne l'a l'ail; il faudrait montrer au monde que César eôl fait son bonheur et que tout eût été bien autre ~i on lui eôl laissé le temps d'exécuter ses projets magnanimes. " C'était le 18 bromaire que N,poléoo demandait de magnifier ainsi, sous prétexte de r~habililer la mémoire de César, Mais les fêles el les représentations officielles, les réceptions des lilléraleurs el des savants n'occupaient point toutes les heures el si tout marchait à souhait, en public, au théâtre comme sur la scène diplomatique, l'on se di~pulait fort dans les coulisses. Il y avait entre les empereurs d'orageux entretiens, où Napoléon se laissait aller à des emporternenls du plus mauvai5 goût, jetant son chapeau à terre el le piétinant avec rage. C'est que, malgré l'insistance du César français, Alexandre ne voulait point consentir à prendre, vis-à-vis de l'Autriche, une attilude menaçante.

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