Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

GO HISTOIRE SOCIALISTE innombrables ... Le Yice de celle administration se fil principalement sentir lorsque quelques émigrés parvinrent à regagner leurs foyers. Les Chouans s'étaient habitués à jouir de leurs biens, à les considérer comme une propriété acquise»; c les Chouans s'étaient approprié leur, revenus; ils en faisaient nécessairement le sacrifice avec regret» (p. 286). Cependant les nobles dont la révolte était due surtout au désir de garder tous leurs ancie~vanlages, n'étaient pas moins exaspérés d'êlre expropriés par les paysans royalistes que par la Révolution, el ne renonçaient pas à reprendre la disposition de tous leurs revenus : « Nous nous étions réservé de la ressaisir dans des jours plus tranquilles; mais, pour le moment, il eùl été plus qu'imprudent de nous en occuper • (1>- 284). A l'égard de tels l'aincus si âprement intéressés, les thermidoriens inaugurèrent un parti pris d'aplatissement; la sévérité fut désormais réservée aux vainqueurs. Le régime de la Terreur ne prit pas fin; mais ne furent plus frappés les adversaires de la République, les révolutionnaires le furent seuls. Sous prétexte d"amadouer d~s insurgés provisoirement lassés, le gouvernement devint leur dupe, les paya pour qu'ils voulussent bien accepter ce quïls désiraient, se ridiculisa et leur laissa outrager la llépublique, en attendant qu'ils retournassent contre elle les forces que, niaisement, il les aidait à réparer. Comme gage de ce singulier apaisement, le_9 vendémiaire (30septembre), on décréta d'accusation le général 'l'urreau qui, après avoir dù insister pour être jugé, devait être acquitté à Paris le 28 frimaire an IV (19 décembre 1î9;',). Evidemment, celui-ci avait été trèg dur; mais il n'avait fait, en somme, qu'obéir aux instructions reçues, imposées même par les indulgents de l'époque. En tout cas, quand on chàtie l'implacabilité des uns, on ne doit pas mer d'indulgence pour les cruautés des autres. Sans doute, des excès furent commis des deux côtés; mais l'initiative des atrocités revient aux cléricaux : leur férocité religieuse ne ~e bornait pas à tuer, elle martyrisait, suivant l'exemple de Soucbu cl de Charette lui-môme à Machecoul {Chassin, La Préparation de la guerre de Vendée, l. lll, p. 350); et c'est d'un tel homme qu'on essayait maintenant de gagi,er les bonnes grâces, cela quelque temps après les massacres de la lloullièrc et de Frérigné ! ' Dès le 3 vendémiaire a,1 III (24 septembre 1794), les représentants Bollet et Boursault avaient pris l'initiative de mesures d'apaisement, et une proclamation de Boursault du 26 vendémiaire {17 octobre) amenait déjà des soumissions, quand le représentant Ruelle fit faire des ouvertures à Charette. Sur ces entrefaites, parut le décret du 12 frimaire an Ill (2 décembre 1i94), qui, sans la moindre distinction entre les grands chefs el les simples rebelles, accordait amnistie complète à tous ceux « qui déposeront leurs armes dans le mois qui suivra Je jour de la publication ». Elle n'était pas fortuite, la colncidence d'un pareil décret avec le procès de Carrier; en sacrifiant les terroristes, on pensait se concilier les rebelles, on ne fit que surexciter leur

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