Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

HISTOIRE SOCIALIST~ 583 troisième directeur étant nécessaire pour empôcher légalement le Dirertoire <fedélibérer, Bruix et Talleyrand étaient allés vers les onze heures du matin, c'est-à-dire entre les deux visites de Gohier, trouver Barras de la part de Bonaparte et lui demander su démission. Ilarr~s ronsentit à signer le texte qu'on lui présenta, « la minute môme qui est de la main du jeune Rœderer » à qui son père avait dicté cette démission, le malin même, sur la demande de 'l'alleyrand (OEttvres du comte P. L. Rœderrr publiées par son fils, 1. III, p. 301). Qu'il y ait eu orrre d'argent ou menaces, le résultat fut la soumission apparente de Barras qui partit dans la journée pour sa propriété de GrosIlois, en Seine-et-Oisl', près de Boissy Saint-Léger. Dollot était arrivé aux Tuileries, envoyé par Barras avant que celui-ci eOt signé sa démission. « Bonaparte ayant aperçu Dollot, secrétaire de Barras, et s'altendant à quelques propositions de sa part, fut à lui, l'entretint un instant en particulier et, voyant qu'il s'était trompé, éleva tout ù coup la ,•oix » (Gohier. Mémoires. l. l", p. 2531. Déçu précisément parce que la démission qu'il attendait ne lui était pas remise, il maniresta sa colère en résumant au malheureux Dollot, qui n'y comprenait rien, une adresse du club jacobin de Grenoble publiée par le journal l' Ennemi des oppresseurs dans son n• du 4 brumaire-26 octobre (Vanda!, L'avènement de Bonaparte, p. 3l6-317 et 583). N'étant que deux, les candides cruches Gohier et lloalin n'avaient pas boÛgé el, ,eulemenl après la levée de la séance des Cinq-Cents, remarque avec amertume Gohier (Mémoirrs, p. 245), fans avoir rien tenté pour justifier celle précaution de ses adversaires, un ~econd mes,age leur apporta « enfin l'expédition olJ]cielle du fameux décret» (id., p. 243)avec « une copie officielle de la lettre de Barras• (id., p. 255). La réception de ce message eut lieu au plus tôt après mjdi; or, à cetfe heure, k décret était déjà artlcbé. Tandis que les autres n'ont pas le moindre souci de sa promulgation mais agis,ent, Gohier et Moulin, poussés par leur vénération de la rorme, se résollentt1 entrer en mouvement: gravement, ils se rendent • vers trois henres • (Buchez et Roux, ldem, p. 178) aux Tuileries auprès de Sieyès et de Roger Ducos afin, leur dirent-ils en les abordant, de • joindre nos signatures aux vôtres pour proclamer constit~tionnellement la djsposition du décret qui transfère les séances du Corps législatif à Saint-Cloud » (Gohier, id., p. 2".>5-256);Gohier laissai! ajnsi entendre qu'il ne signerait pas la partie illégale concernant Bonaparte. A quoi Sieyès répliqua, au risque de porter à son comble l'ahurissement du légal'iste Gohier: « le décret tout entier est proclamé• (id., p. 250; voir aussi Thibandeau, Le Consul'al et l'Empire, t. I", p. 32), el; sans doute par suite <le la réserve qu'il venait de faire et de la réponse de Siey~s, Gohier, contrairement à ce qu'on affirme, nous allons le voir, ne signa rien. Bonaparte, élant -arrivé, se donna d'es airs terribles, menaça de faire fusiller Santerre s'il remuait au faubourg Saint-Antoine et eoncfut (iJf., p. 258-): • JI

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==