Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

576 HISTO:RE SOCIALISTE « des Jacobins, des Clicbyens •· Interrogé par Gohier rnr cc qu'il y aYail de neuf, Fouché, ministre de la police, répondit: • Toujours les mêmes bavardages ... toujours la conspiralion !•.. ~fois je mis à quoi m'en tenir ... Ficzvous à moi ». Ill Gohier, honnête homme d'une crédulité vraiment excessive, eut la bonhomie de rassurer Joséphine troublée par celle conversation: « Faites comme le gouvernement, lui dil-il, ne vous inquiétez pas de ces bruits-là; c'.ormez tranquille» (Idem, p. 355). A lïssue de la réunion, Arnault, venu aux nouvelles, apprend de Bonaparte que « la chose est remise au 18. - Au 18, général? -Au 18. - Quand l'affaire est éventée I Ne voyez-vous pas que tout le monde en parle? - Tout le monde en parle el per,onne n'y croit. D'ailleurs, il y a nécessité. Ces imbéciles du Conseil des Anciens n'ont-ils pas des scrupules? ils m'ont demandé vingt-quatre heures pour faire leurs réflexions• (Idem, p. 356). Il ne faut pas ajouter foi, c0mme l'a fait M. Léonec Pingaucl (Bemadoue, Napoléon et les Bow·bons, p. 44), à ce qu'a raconté Michaud jeune dans la biographie dè Lachevardière (t. XXII, p. ll57); celui-ci, en efTel, n'était déjà plus membre de l'administration départementale de la Seine lors du débarquement de Bonaparte en France; victime du mouvement réactionnaire de Sieyès el des modérés (Gohier, Mémoires, l. l", p. 145), il ne pouvait, dès lors, user d'un pouvoir qu'il n'a1•ait plus - le Moniteur du 1« jour complémentaire de l'an VII {17 septembre 1799) annonce qu'il a cessé ses fonctions - pour s'opposer à ses rrojels ou pour procéder à son arrestation ~i Gohier et Moulin y ai aient consenti; et le récit d'Arnaull est plus vraisemblable. Voici quel était le plan. Le prétexte serait une conspiration des Jacobins prêts, selon les termes qu'emploiera Corm tau Conseil des Anciens dans la ma• Unée du 18 (9 nol'cmbrc), à cclever leurs poignards sur des représentants de la na lion, sur des membres èes prem ièrcs autorités de la République•· La fable des ccpoignards • dont Lucien fera le 19 brumaire (10 nol'embre) une application cfTrontée, était donc imaginée Jlès le début. Qu·on se rappelle que, déjà en l'an V, Bonaparte écrivant d'Italie au Directoire (voir chap. x111, § i") avait parlé de poignards, • les poignards de Clichy"• qui le menaçaient. Pour échapper à ce prétendu danger, le Conseil ùes Anciens, convoqué d'urgence dans la matinée du 18 brumaire (9 novembre), devait êlre appelé à user de rnn droit constitutionnel de transférer le siège du Corps législalil dans une autre commune el - ce qui élait de toute manière contraire à la Constitution réser.vant au Directoire cell~ nomination - à nommer Donaparte_au commandement des troupes de la 17' division militaire qui comprenait, on le sait, Patis et les environs. Cela fait, Sieyès et Roger Ducos donnaient leur démission et on obtenait celle des trois autres directeurs par une Intimidation plus ou moins formelle. Le Directoire ainsi dissous, on se flattail d'amener les Conseils à se proroger après avoir installé trois consuls provisoirescl nommé deux commissions législatives.

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