Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

5-14 HISTOIRE SOCIALISTE ce qui est encore plus grave pour un parti dans celle situation, il n'avait pas conscience de cette infériorité; il ne chercha pas, dès lors, à la corriger. C'est, a écrit Cabet dans son flistoù-e populaire de la Révolution française (t. IV, p. !/32), « une fatale erreur de dire que le$ principes rnnt tout et les hommes rien. Comme si les principes marchaient sans des hommes qui les fassent marcher l comme si la queslion n'était pas toujours de bien distinguer quel est le véritable principe applicable dans la circonstance! comme si les thermidoriens, les· aristocrates, les contre-révolutionnaires, n'invoquaient pas sans cesse les principes pour perdre les principes 1 • Ces réflexions de Cabet sont toujours 1raies, quoi qu'en disent ceux qui, envieux de certains hommes, cherchent à les atteindre en se faisant contre eux les défenseurs dogmatiques de formules vides ou les serviles courtisans de collectivités jalouses. Les Jacobins ressuscités s'étaient réunis dans la salle du Manège, local dépendant du palais des Tuileries réservé au Conseil des Anciens, à partir du 17 messidor an VII (5 juillet 1790) d'après le recueil d'Aulard, Paris pendant la l'éaction thermidorienne et sous le Directoire (t. V. p, 609), cilant le Joumal dtt soir des frères Chaignieatt qui, sous la date du « 19 messidor• (7 juillet)., dit:• avant-hier»; à partir du 18 messidor (6 juillet), d'après le Alonitettrdu 21 (9 juillet) qui, sous la date de la veille, dit également: • avanthier •, et aussi d'après La Société des Jacobins d'Aulard (t. l", p. en) et la revue la Révolution f,·ançaise (t. XXVI, p. 389). Les Jacobins n'avaient cependant pas osé reprendre leur ancien titre et s'étaient appelés • ré'union d'amis de la liberté el de l'égalité ». On était encore tout près du moment où Jacobins et modérés de gauche avaient agi de concert; aussi, comme pour la presse, le gouvernement laissa faire. D'ailleurs, afin de lui faciliter la tâche et de n'avoir pas l'air de violer ouvertement les dispositions légales (art. 362 de la Constitution), on cul recours à d'étonnantes chinoiseries. li n'y eut ni président, ni secrétaires, mais un « régulateur• et des • annotateurs •; on ne rédigea pas des pétitions collectives, mais des _adresses; il n'y eut pas deux catégories ùe membres, mais une « commission d'instruction publique», qui fut, en réalité, une commission exécutive; il n'y eut pas, en province, organisation de sociétés affiliées, mais constitution spon tanéii dans la plupart des grandes villes de réunions identiques. M. Aulard admet (revue la Révoltttion françâise, idem) que les membres de la réunion du Manège furent bientôt au nombre de 3 000, dont 260 membres du Conseil des Cinq-Cenis. Le Journal des hommes libres, qui reparaissait sous ce titre depuis le 1" messidor an VII (19 juin 1799), et où Antonelle avait ordre d'être prudent, était leur organe omcieux. ·Parmi les inspirateurs, on remarquait Drouet, Félix Lepeletier, Bouchatte, Xavier Audouin, gendre de Pache, le général Laveaux, Augereau, Prieur (de la Marne); parmi les mP-mbres, se trouvaient d'anciens Egaux tels que Bodson, Bouin, que la Haute Cour de Vendôme avait condamné par contumace, Didier, Tissol, Vaoeck. La jeunesse royaliste

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==