Gabriel Deville - Thermidor et Directoire : 1794-1799

304 1-IISTOlfiE SOCIALISTE et voulanl « même forcer le; fabricants à signer ce, sortes de marchés»; «on !ail surveiller ces rassemblements», ajoute le rapport. De nombreux ouvriers imprimeurs s'élanl réunis, le 25 messidor (13 juillel), « à l'effet de délibérer sur leur payement qu'ils ne veulenl recevoir qu'en numéraire », élaienl arrélés cl « conduits dans différentes maisons d'arrôl ». Ce qui démontre combien le socialisme à celle époque, à ses débuts, étail rudimentaire, combien il négligeait la réalité, c'est son indifférence absolue à l'égard de ces divers incidents de la lulle entre patrons el ouvriers. Sans doute, les premiers socialistes français, Babeuf et ses amis, les Égaux, ainsi qu'ils s'appelaient, se sont indignés de la misère des travailleurs et en ont poursuivi la disparilion; mais ni eux, ni d'autres d'ailleurs, ne se sont alors doutés le moins du monde de la portée théorique cl pratique des conflits, si molestes qu'ils fussent, éclatant entre capilalistcs et salariés. S'ils ont eu le mérite de comprendre l'importance de la question économique, s'ils ont, dès le début, fait de celle-ci le point de départ du socialisme, ils n'ont pas saisi le sens des différends économiques gui se produisaient sous leurs yeux. Les faits dont ils songeaient à tenir compte étaient pour eux source de mécontentement, non d'enseignement. Au lieu de s'en inspirer, ils prétendaient les mouler sur ce qu'ils imaginaient ôtre « les i:istitutions dictées par la nature et l'éternelle justice • (n° 35 du Tribun du peuple). Dans les premiers jours de germinal an IV (fin mars 1796 ), Babeuf cl deux de ses amis, Sylvain Maréchal, que son irréligion avait fait emprisonner en 1788, qui avait été un des rédacteurs du journal les Révolutions de Paris, que Babeuf, on l'a vu cbap. 1u, co11naissni1 drpuis longtemps, mais gui, au début de l'an m, dans son Tableau histo7'ique des événement, révolutionnaires, flétrit trop au goû.l du jour lou~ les révolulionnairrs vaincus, y compris Chaumelle,- el Félix Lepeletier, lrfre de Lepelelier Sai11I-Fnr2eau, s'entendaient pour constituer une organisa1ion insurrecliomH'lle. Ils s'adioignaienl presque aussitôt Anlonelle et µrenaient les premières dispositions. On choisit un agent principal dans rbacun des douze arrondi,semrnts de Paris, et le serrurier Didier, ancien juré du tribunal révolutionnaire. fut clé,igné comme intermédiaire entre ces agents et le directoire secret. Sur les conseils de Didier, furent ajoutés aux quatre membres de celui-ci Dartbé, <lu Pas-de-Calais, grièvement blessé à la prise de la Bastille, gui avait été, dans la grande période de la flé1•olution, membre du directoire de son département, el Philippe Buonarroti, descendant de lllichel-Ange, e.tilé de Toicanc, à gui la Convention avait accordé le litre de citoyen français (Z7 mai 1793); il devait être l'historien de la conjuration, el c'est à son ouvrai;e (Co11spiri,- lio11pour l'égalité dite de Babeuf) qu'ont été empruntés la plupart des détails de ce récit. Darthé et Buonarroti 11rent, à leur tour, admettre Debon gui, détenu arnc Dabeuf à la prison du Plessis, avait le plus contribué à modifier ses opinions sur Robespierre. Ainsi composé de sept membres, le dlrecloire

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