1812 IIIS'l'OlllE SOCIALISTE C'était un r~ve in,ensé; et plutôt que de jouer celle partie désespérée , Robespierre aurait dû, au risque d'ôlre dupe, faire confiance à tous les survivants des factions qu'il avait brisées. Même s'il réussissait, ou s'il para issait réussir, m~me s'il parvenait à frapper en môme temps que les détenus co nlrcré,·olulionnaires cl suspects, ceu'l des révolutionnaires qui lui faisaient omhrJge ou qui lui inspiraient du dégotll, ce ne serait qu'une solution d'une heure. li faudrait r~commencer le lendemain; el la politique de l~rge confiance qui seule pouvait sauver le gouvernement révolutionnaire après l'éliminalion de l'hébertisme organisé et du dantonisme organisé, devenait plus difficile encore après la période d'exécutions eiîr6nées. De nouvelles déf iances se seraient éveillées provoquant de nouvelles rigueurs. 11ais il y arnit bien des chances pour que celte opération hasardeuse et terrible ne réussit pas. A prine commencée, elle coalisait sourdement contre Robespierre toutes l es inquiétudes, toutes les peur,. Les coolre-révolulionnaires, les suspects, les modérés devenu, la rançon sanglante des futures el incertaines combinaiso ns de clémence, liaient soudain au nom de Robespierre le système de la Te rreur. li devenait pour euî l'homme de la loi de prairial. Les Girondins qu'il avait sauvés et leur, amis se demandaient tout à cou p s'il ne les avait point protégés par calcul, et s'il ·n'allaient point ôlre sa crifiés à des calculs nouveaux. Les survivants dantonistes avaient sur eux la men ace de « la morale •· Tons les rrprésenlants en mis$i on qui a,·aient, selon Robespierre « abusé des principes révolutionnaires•• el compromis la Convention par leurs c ruautés ou par leurs désordre,, T.illien, D,rra,. Carrier, Fouché, lisaient sur le visage de Robespierre, si rermé qu'il rat, leur sentence de mort. EL d'instinct ils avaient trouvé le moyen de défense: Robespierre tendait à la dictature; ou plutôt il l'exerçlit. Ah fèle de !'Etre Suprême, des voix sourdes, perceptibles pourtant, avaient murmuré sur son passage : « li y a encore des Drutus•. La loi de prairial n'avait pas eu l'assenlimenl très vif de tout le Comllé de Salut public. Robespierre l'avait rédigée avec Couthon et Saint-Just: les autres l'avaient subie. Billauù-Varennes el Collot d'Herbois commençaie nt à s'efTrayer, celui-ci pour sa sécurité, celui-là pour sa part de pouvoir, de la primauté de Robespierre. La Convention ne vola la loi qu'avec une ré serve qui annulait presque tout l'efTet utile que Robespierre en attendait. El le décréta que seule elle pouvait raire procéder à l'arrestation de ses membres. Robespierre ne pourrait pas frapper les coups rapides el décisif, qu'il méditait. Môme méfiance au Comité de Sûreté générale dont le bureau de police créé par !lobes pierre et annexé par lui au Comité de Salut public, anll éveillé le:; ombrages. Robespierrn se sentit enveloppé d'un réseau d'hoslllilés; el la loi terrible sur laquelle il comptait pour la liquidation suprême de la Terreur était paralysée et faussée entrci ses mains.
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