1S08 IIISTOIRE SOCIALISTE Elysées tou, ceux qui moururent dans tous les pays et dans ton, les temps pour la lihert6 et pour la p1trie. Le paradis chrétien rnmblait éclipsé, comme une sorte de zone intermédiaire obscure, par la grande lumière de gloire immortelle qui rayonnait de la Rome antique et de la !~rance moderne. De Déci11sou do Lucrèce à Charlotte Corday, les Champs-Elysées formaient comme une a\'enué lumineuse, continue et sereine, que les siècles du moyen tige n'interrompaient pas. Et Saint-Just, dans le cri donlcurcu'C et superbe que j'ai cité loutà l'heun', semble confondre lïmmorlalilé de l'e spril el l'immortalité de la gloire: • la vie indépendante que je me suis donnée dans ll-ssiècles cl dans lrs cieux ... " ~lême dans le décret de la Convention il n'y avait pas abdicalio'l, mais au contraire orgueil de la rai,on et do la liberté. li semblait que la reconnaissance officielle de Dieu par la France révolutionnaire ajoutait aux litres de Dieu. Et lorsque dans ses Institutions, Saint-Just parle de l'Eternel et de l'immortalit~. on dir,iit qu'il ,oumd les jui;emenls de Dieu même aut décrel;, de la pensée révolutionnaire. « Le peu~lc français reconnaît !'Etre Suprême et l'immortalité de !"âme... L'âme immortelle de ceux qui sonl morts pour la patrie, de ceux qui onl été bons citoyens, qui onl chéri leur père et leur mère, el ne les ont jamais abandonné•, esl dans le sein de l'Éternel. " C'esl la Révolution, avant Dieu, qui fait, pour !"éternité, le départ des bons et des méchants; et le ciel n'est qu'une sorte de Panthéon invisible où Dieu ré,idc mais dont la Hévolution a les clefs et ouvre les portes à ceut qu'cllc•m~me a marqués au front d'un signe immortel. Si donc l'acte de Robespierre fut dangereux cl mauvais. ce n'est pas qu'il y e0l c•,ntr,1diction violente entre les formules déistes qu'il imposait el r,•lat d'esprit clu p~uple français l11i-m~me. Non, mais d'abord, en organisant la fête il r Etre Sup,-êmc, en promulguant un dogme philosophique et en organisant une sorte de culte, il parai-sait chercher à attirer à lui de nouveau, pouYDirs. li était, en fait, le rher du pouvoir chil; on pournil croire qu'il cherchait à devenir le chef d'un pouvoir religieux, el les méflances s'él'cillaienl. De plus, les prNres, gucllant toujours l'équivoque qui pouvait les servir, allaient répétant que cri Eire Suprême n'était, après tout, que le Dieu du christianisme. La fôle de l'::tre Suprême leur apparaissait comme une transi• Lion vers la gloriflcation officielle de Jc,u,. Et Robespierre ranimait l'espéranre rontre-révolulionnaire plus que ne l'aYaiL fait le Vieux Corddier. Enfin, Robespierre, après a,oir écrasé l'hébertisme comme faction, semblait s'acharner encore à prendre sur l'esprit héberlisle une sorte de re1anchc posthume, terrible mcnace pour les survirnnts. Le Comité de Salut puMic avait laissé faire. Mais ni Dillaud•Yarennes,ni Collot d'Herbois, ni m~mc Barère, n'arnienl au fond approuvé celle manifestation où se marquait surtout la tendance religieuse particulière de Robes-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==