Jean Jaurès - La Convention

1804 IIISTOlfiE SOCIALISTE la mort, conseille le silence et l'allente. Funestes temporisations qui laissaient se p,·oduire toutes los incertitudes. De plus, après les grandes et sanglantes épurations de Germinal, le devoir de Robespierre était de rassurer autour de lui les révolutionnaires. Les factions étant brisées, il n'y avait aucun intérêt à s'acharner sur des individus, même s'ils avaient élé liés à ces factions, même s'ils avaient pratiqué la plus détestable politique. Cela, Rob •;pirrre le savait: el il avait limité le plus possible le sacrifice. Il avait saul'é les soixante-treize Girondins. Il s'était opposé à ce que Boulanger, Pache, Henriot fussent enveloppés dans la proscription des hébertistes. Il n'avait pas touché à Carrier, malgré l'horreur que lui inspiraient les crimes de Nantes. li ne s'était point élevé au C.omilé de Salut public contre Collot d'Herbois. Mais il ne suffisait point de n'avoir pas frappé ces hommes. Il fallait leur donner confiance en l'avenir. Il fallait leur donner l'impression et même la certitude que leurs excès seraient imputés à la fièvre révolutionnaire et qu'on ne leur ferait point payer, une fois cette fièvre tombée, les violences peut-être inévitables des jours mauvais. Il falijlit ménager de même les craintes de ceux qui ayant cédé, comme Tallien à Bordeaux avec sa belle amie La Cabarrus, à l'éblouissement du pouvoir et du plaisir, voyaient dans les paroles trop souvent répétées d'austérité, de vertu, de morale, une menace à leur vie même. Ou Robespierre se conctamnail à la politique de l'échafaud à perpétuité, ou il fallait qu'il annonçât, qu'il pratiquât une large amnistie révolutionnaire pour tous les égarements de la 'ferreur, pour ses frénésies sensuelles, comme pour ses frértésies sanglantes. El toutes les énergies de révolution qui a1aicnt été un moment ou surexcilées par un fanatisme de violence ou corrompue, par une ivresse de passion et de volupté devaient espérer leur place dans l'ordre révolulionnaire nouveau plus calme, plus ordonné el plus pur. Enfin, plus Robespierre était puissant, plus il importait qu'il ménageàl l'amour-propre de ses collègues du Comité de Salut public el ctu Comité de Sùreté générale, qu'il les associât à toutes ses pensées et à tous ses actes. Comment pouvait-il détendre, apaiser, organiser la Révolution sans le concour, du Comité de Salut public? El comment pouvait-il amener à une large politique des fanatiques sombres comme Billaud-Va rennes, des déclamateur, etrréftés et compromis comme Collol d'Herbois, s'il ne les allirait point à lui, peu à peu, par la confiance, la franchise, la cordialité? Robespil'rre ne sut point imposer autour de lui la confiance. Dans l'âpre lutte où il avait dù assumer tanl de responsabilités sanglantes, son orgueil avait encore grandi. li s'était écrié en aoùl 1793 : « La Révolution est perdue, si un homme r.e se lève pas. • Il s'était levé, mais obligé bienl0l à frapper de toutes parts et d'être en quelque sorte le répartiteur de la morl, il avait contracté un pli de hautaine tr'islesse. Il était peu fait pour ces comm•micatioos cordiales qui étaient pour-

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