Jean Jaurès - La Convention

f,08 IIISTOIHE SOCIALISTE mort et qui répandent sur toute la Révolution, sur ses égarements même s el sur ses crimes, une sérénité plu, haul\' que le pardon. Qu'importe donc qu 'au moment même oit Condorcet 1m'ditail tout bas Cl'S 5uhlimes espoirs, Robespierre, qui n~ lui pardon nait point quelques railleries ~ut· son caractère de prèlre, ail padé à la Convention du• lâche Caritat •? Qu'importe que Con- <lorcet, en un jour de Germinal, fatigué de sa longue réclusion volonta ire, se mit rbqué hors de son asile el reconnu, arrMé, n'ait écha1,pt' que pa r le poison à l'échafaud que les révolutionnaires lui cle:;tinaient? ~lalgro tout, ,a pens~e est le patrimoine de la Révolution. Gn d'innombrables c onst·i,'n,-e,, le même el noble esprit de l'encydopédie circulait, la m~me sève i;énérèu,c du siècle. Ceu, qui s'égorgc1ienl les uns les aulr~s n'ét.aienl pas mû, seulement par des pen-é's lJa,ses, par des jalousies, des fureurs el des haines. Ils croyaient défendre, ils croyaient sauver l'idéal commun et le couteau de la guillotine ne rnrfit pas à trancher l'ill\ incilJle lien idéal qu i les unit. Robespierre s'écriait en mai 1,!I,: « Le mon e a changé, il doit cha11ger encore ... tout a changé dans l'ordre physique, tout doit changer dans l'ordre moral el 110lilique, la moitié d e la rérnlulion du monde est d(•jà faite; l'au lrc moiliù tloiLs'accomplir. L1 ra i,on de l'homme rc,,emble au globe qu'il habile ; la moitié ,·n e,L plon~éc ù:11,s Ir:; ténèhres quand l'autre e~l éclairée. Les peuples de l'Europe ont fait des prvi;rè, étonnants ù ans cc qu'on appelle les art, cl le, srieuces, el il, semhll•ul dans l'ignorance des premières notions de la morale politique; ils c onnaissent tout, excepté leurs droits el leurs dernirs. • Et certes, ces contra;;Les un peu grossiers el ce, oppositions forcées entre le progri·, de la science H l'immobilité de la politique ~emùlcnl médio cres el vul,;.iires à côté de la ~r<1111leet compréhensive pensée du philosophe. l'ourlant, ici, mal"ré la , 1•chcr,•sse et l'élroile,se dogmatiques qui le fermaient un peu au large r,pl'it de l'encyclopédie, Ilo!Jcspierrc p:trticipc en quelque me,ure au mouvementencyclopéùi,;ue, pubqu'il mut rcaliserl'un ité de l'esprit humain, puisqu'il invite l'homma à mellrc dans la science de la , ie :;ociale autant de lu mii·rn que dan, la srienœ de la nature, et à se gouverner lui-môme comme il cummen,·e à gouverner le monde, c'est-à-dire scion la rai;on. :.!ème en cet e,prit un peu aride le large sourne fertilisant est pas.é: cl lors,1ue Saint-Ju,t s'écrie : " Le bonheur est une idée neuve en Eurvpe •, ou encore: « Le nm· siècle doit être mis au P1nthèon •, SainlJu,t 11,• fait-il point écho à Condorcet 1 ou plutùl 11)xvm• siècll•n'a-t-il pa, mis 1·11tr,,ce;; consciences ,i , iolemruenl opposées el ces e,pr1ts si contrai r,.,, uuc si•crète el fondamentale harmonie qui se révèle aux heures décis ives de l.i pcn,;ée ~ Ain,i, au printemps de iîOI, les ,anglants déchirements de la Révolûllon ne parai,:,ent avoir cntamù ni sa force d'élan militaire, ni son acUvilé 6cono-

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