Jean Jaurès - La Convention

1i28 JIJSTOIRE SOCIALISTE aulrc fornw. la proposilion qu'il av;iil faite, tendant à choisir où à pouvoir choisir l!'s ministre, dans la Convention. Mais Robe•pierre, défiant, crut que Danton voulait l'accabler d'une responsabilité immense el exclusive. De même, quand Danton demanda que le Comité de Salut public ail le maniemP.nl direct de cinquante millions pour faire face au, intrigues du dedans et du dehors, le Comité de Salul public S' récria. C·• serait l'occasion fie calomnies incessantes. Et Danton répondit par une belle ,,arole: • Ceu, qui red outenl la calomnie ne seront jamais des hommes publics •· Oui, mais celte parole aurait eu beaucoup plu, de force si lui-même, à cc moment, ne s'était pas réserv.i, si on n'avait pu conjecturer qu'il voulait faire ubir à d'autre:; popularité; l'épreuve qu·avait subie la sienne. Surtout, celte sorte de demi-elî,tccmcnt encourageait l'intrigue. Tous ceux qui aspir,1ient à changer le gouve ·r.ernent el à le r,•mplacer, tous ceu, qui voulaient ruiner le Comité de Salut puhlic pour se substituer à lui ou pour ouvrir les chances di! l'inconnu, uu simplement par inquiétude d'esprit el jalou~ie du pouvoir, tous ceux-li considéraient Danton comme u11chef éventuel; cl son silence énigmatique était comme un centre où toutes les ambitions obscures se rattachaient. Fabre d'Eglantine était le cher el l'inspirateur de l'intrigue. Sa tllle, suivant le mol de Danton lui-m~ me, ét,1il un i nbroglio. llomme de théâtre, fertile en combinaisons, observateur ingonieut el ironiqut·, promenant ~a lorgnellc sur les événPm •n ls et sur le, hommes, il s'amusait à la politique comme à un jeu de l'esprit. Et, tout de suite, les rapports difficiles el compliqués de Robc,picrre el de l'hébertisme lui apparurent comme une matière admirable à combinaisons, à complications el à réus;;ites. Ou Robespierre se jellerail dans l'hélJerlisrne el se livrerait à lui. Alors il se perdait a\'ec la secte insensée, el les dantoni:stes restaient les maitres de la Hovolulion qu'ils modéraient à leur gré, <1u'ilsapaisaient el gouvernaient. Ou bien Robespierre, par peur de lï1èbertismc, se replierait sur les danloni,tes, solliciterait leur appui, et alor, on le tenait à discrétion, on le compromellail en e;\igeant de lui de~ me,ures décisives où sa popularité s'amoindrirait. Ainsi, en ce jeu égoïste el subtil, tantôt Pabre d'Eglantine conspire, même avec les hébertisles, contre le Comité de Salut public, tantôt il veut obliger le Comité de Salut public à brusquer les opérations contre le parti d'Hébert au risque de tout compromellre. En septembre 179:l, c'est le rapport de Pbilip1,eaux rnr les affaires de Vendée qui fournil/\ Pabre d'Eglantine l'occasion d'une manœuvre contre le Comité el contre Robespierre. Philippeaux, enVen• déc, avait cré-0 un con0it violent avec Ronsin, a\'ec Rossignol, les généraux htibertbles. Il revenait de l'Ouest l'Ame ulcérée, la parole toute gouttée d'accu;;alion~. Il sa1-ail bien qu'au fond le Comité de Salut public: n'avait, pour le;; délégués du ministère de la Guerre, qu'une médiocre sympathie, el la

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==