Jean Jaurès - La Convention

1718 lllSTOlHE SOCIALISTE cnncg, lcg atrocités des réacteurs toulonnais pendant au croc des boucheries les palrioles égorgé:,, Mais en0n cc lendemain d'assaut ne peut pas devenir pour la Révolution une politique normale. De Paris qui n'est pas au royer mème de la guerre civile, devraient venir des conseils de mesure, de sagesse et d'humanité. Or l'héhcrfüme s'acharne à sourfler sur le reu. Collot ù1Jerbois, à Lyon, aurait eu singulièrement besoin d'être averti: car, par une sorte de malentendu sinistre, peut-rtre à demi volontaire, il outre •el il fausse le sens du vote si terrible de la Convention. Le décret avait dit : " La ville de Lyon sera détruite; tout ce qui rut habité par les riches sera démoli, il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égorgés ou proscrits, /es édifices spécialement employés à l'industrie, et les monuments consacrés à l'instruction publique. • Le décret est formiflable : mais au fond il laisse subsister Lyon, car pourquoi conserver les édifices spécialement employés à lïndustrie si l'industrie ne doit pas renaitre, si les ouvriers ne doivent pas rester groupés dans la cité, si bientôt les métiers ne doivent pas battre de nouveau? Tous les termes étaient calculés pour concilier l'e!Iel de terreur que la Convention voulait produire sur les imaginations avec la nécessité de conserver à la France une ma· gnifique force de travail et de richesse. C'est sans doute ainsi que Coutlion eût interprété la pensée de la Convention. ~lais il fut suspect de faiblesse, et, pour des raisons ou sous des prétextes de santé, il demanda à être déchargé de ce fardeau. C'est Collot d'TTer!Jois, qui représentait, au Comité de salut public, l'élé- • ment le plus voisin de l'hébertisme, qui reçut mission d·appliquer le décret. El tout de suite, il ne voit que l'enseigne théâtrale : Lyon sera détruit. Et c'est à la lettre qu'il veut détruire Lyon: il n'y restera, si on le laisse faire, ni une pierre, ni un homme. Son plan est de déporter, de disperser sur toute l'étendue de la France, Loule la population ouvrière lyonnaise, cent mille proltllairrs. Il ne sait rien de Lyon, de son pas,é glorieux et triste, de ses révoltes sociales; il ne sait rien des grandes grèves répétées par où, depuis trois siècles, la classe ouvrière lyonnaise préludait aux grandr~ luttes prolétariennes des Lemps fnturs. Il ne soupçonne pas la force de révolution latente cachée sous la résignation triste de ces hommes. « Il faut, écrit-il à Robespierre le 3 rrimaire an Il, licencier, faire évacuer cent mille individus travaillant, depuis qu'ils existent, à la fabrique, .<am ,:1re laborieux, et bien éloignés de la dignité et de l'énergie qu'ils doivent avoir; intéres-anls à l'humanité, parce qu'ils ont toujours été opprimés ou pauvres, ce qui prouve qu'ils n'ont pas senti la Révolution. En les disséminant parmi les hommes libres, ils en prendront les sentiments, ils ne les auront jamais s'ils restent réunis ... •

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