Jean Jaurès - La Convention

i68l\ JI ISTOIRE SOCIALISTE en sub;tituant l'ère révolulionnaire à l'ère chrétienne, témoignent que dans Jrur pensée la Révolution e t un fait historique au moins aussi grand que le fut le chrislianisme, et d'une significalion universelle. lis espèrent bien, en e!Tet,que tous les hommes et tous les peuples de ce qui fut l'humanité chrétienne dateront maintenant de la grande date révolulionn,üre leur vie renouvelée. Précisément, et comme si la faveur des événements voulait rallacher le nouvel ordre humain à l'ordre de la nature, c'est le 22 septembre, le jour mème où la népublique fut proclamée, que le soleil entre dans l'équinoxe d"automne, c'est-à-dire au point d'où il éclaire égalemrnt les deux pôles de la terre. C'est Romme, le rapporteur, qui note cette concordance symbolique : le droit nouveau aussi va éclairer les deux pôles, emelopper de sa lumière toutes les nations et toutes les races. )lais ce n'est pas seulement à son point de départ que l'ordre de la Révolution coînride avec l'ordre de la nature. Il faut que cette concordance se marque dans l'éYolution de chaque année et dans la marche des jours. C'est pourquoi, dans le calendrier révolutionnaire, les noms des mois vont réfléter la couleur changeante des saisons, et par la vertu des mots et des images. mettre l'homme des cités modernes en contact familier avec les forces mouvantes du monde. Fabre d'Eglantine a caractérisé ce haut symbolisme en un rapport merYeill<?uxde coloris et de charme (sauf peut-êlre quelques traits de polémique un peu gro;). JI veut qu'on transpose dans l'ordre de la vérité les procédés par lesquel, l'lt;lise captivait l'imagination humaine: « Les prètres dont le but universel et définitif est et sera loujour, de subjuguer l'espèce humaine el de l'enchainer sous leur empire, les prêtres in,tiluaient-ils la commémoration des morts, c'était pour nous inspirer du dégoût pour les richesses terrestres et mondaines, afin d'en jouir plus abondamment eux-mêmes; c'était pour nous mellre sous leur dépendance par la fable et les images du purgatoire. )lai, voyez leur adresse à se sabir de l'imagination des hommes et à la gou1•erner à leur gré! Ce n·est point sur un théâtre riant de fr3tcheur et de gatté qui nous eOt fait chérir la vie et ses délices. qu'ils jouaient cette farce; c'est le second jour de novembre qu'ils nous ramenaient sur le berceau de nos pères; c'est lorsque le départ des beaul( jours, un ·ciel triste et gri 0 âlre, la décoloration de la terre el la chute des feuilles remplissaient notre tlme de mélancolie et de tristesse; c'est à cette époque que, profilant des adieux: de la nature, ils s'emparaient de nous, pour nous promener à travers l',lvent el leurs prétendues fêles multipliées, etc ... « ... De même, c·est pour des raisons ingénieuses el profondes que l'Eglise avait placé des cérémonies triomphales et publiques comme la Fête-Dieu dans les jours les plus beaux, les plus longs et les plus effervescents de l'année. • Les prêtres enfin, toujours pour le bénéfice de leur domination, voulaient-ils subjuguer complètement la masse des cultiv&teurs, c'est-à-due

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