Jean Jaurès - La Convention

1014 Il IS'l'OlllE SOCIALIS'fK le~tamenls faits depuis celle époque el c,ù l'égalité des partages n'a pas été rigoureusement obserl'ée, tous ceux où la donation a excédé la quotité disponible du sixième ou du dixième sont déclarés nuls. Il faut que les héritiers ou les donataires abusiYemenl favorisés rapportent à la masse de la succession ce qu'ils ont perçu en trop, et que les héritiers ou ènfanls dépouillés rentrent en possession. Quelle aubaine pour les cadets révolutionnaires! La Convention ne maintient que les donations faites au profit des paul'res « des domestiques peu fortunés », des personnes dont la fortune ne dépasse pas dix mille francs. C'est vraiment une révolution d'égalité dans le droit cil'il rnccessoral. EL tous les délégués présents à Paris vont rapporter à leurs assemblées primaires l'impression toute vive de ce grand acte. C'est bientôt, c'est en décembre que le projet deviendra loi, el il suscitera dans toute une partie de la bourgeoisie un enthousiasme el une énergie extraordinaires. Vraiment, la Révolution n'oublie pas les siens. Mais celle Révolution grandiose et bienfaisante, il faut la défendre, il faut la sauver. El, puisque le monde est conjuré contre elle, il faut qu'elle-même devienne un monde par le soulèvement de toutes ses forces. Le 12 aoüt, les délégués des assemblées primaires proposent à la Convention l'idée de la levée en masse, mais confuse et étrangement enveloppée dans une sorte de réquisition militaire des suspects. « Nous demandons que tous les hommes suspects soient mis en état d'arrestation; qu'ils soient précipités aux frontières, suivis de la masse terrillle des sans-culottes; là, au premier rang, ils combattront pour la liberté qu'ils outragent depuis quatre ans, ou ils seront immolés par le canon des tyrans. • Danton, en ces jours anniversaires du 10 août iï92, retrouve sa magnifique tactique révolutionnaire, qui est d'animer tout ensemble et d'épurer l'énergie nationale. Il dégage de la motion des délégués ce qu'elle a de sacré el de grand. Oui, qu'on arrête les suspects, mais à la condition d'arrèter les chef•, les vr~is coupables et de ne pas étendre le soupçon et la colère sur de pauvres gens égarés. Mais surtout que toute la nation se mobilise. Et que les délégués iles assemblée, primaires soient chargés d'aller, dans leurs cantons, dans leurs communes, animer les ciloye ns au cc,mbat, prêcher et organiser la levée en masse. Le 16 août, Barère apportait, au nom du Comité de Salut public, le décret célèbre qui proclamait tout à la fois la nouvelle tactique militaire de la Hé10lulion, l'offensive des grandes masses, el réglait, par réquisitions successives, la levée de tous les citoyens. Oui, ainsi appelée, ainsi orgaabée, ainsi exploitée par la Ré10lution en toutes ses forces, en toutes ses richesses de patriotisme, de vigueur, de courage et de génie, la France valall un monde. Elle valait plus que le mor.de de la coalition. Les autres gouvernements et les autres peuples ne mettaient au jeu terrillle qu'une partie d'eux-mêmes,

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