Jean Jaurès - La Convention

1024 111s·rornE SOCIALISTE sive. El par là il marquait bien que s'il était prêt à marcher avec Hébert, al'ec Yince11t, avec Bouchollc pour épurer Je commandement, il était bien loin de se laisser aller à la griserie héberliste.11 est vrai que du même coup il proscrivait celle tactique des mouvements de masse el de l'offensive qui seule pouvait sauver la Révolution et qui en effet la sauva. Le dernier numéro de Marat, celui du i4 juillet, esl une nouvelle nllaque contre Custine et le Comité de Salut public. « Voilà donc Custine, prenant la place de l'infâme Dumouriez, dont il renouvellera bientôt les désastreuses opérations, et peut-être d'une manière plus déplorable encore. Que penser du Comité de Salut public, ou plutôt de ses meneurs, car la plupart de ses membres sont si insouciants qu'ils assistent à peine deux heures sur les vingt-quatre aux séances du Conseil, quïls ignorent presque tout ce qui s'y fait! Ils sont très coupables sans doute de s'être chargés d'une tâche qu'ils ne veulent pas remplir, mais les meneurs sont lrès criminels de remplir si indignement leurs fonctions. « Dans le nombre, il en est un que la Montagne vient de renommer très imprudemment et que je regarde comme l'ennemi le plus dangereux de la patrie : c'est Barère ... Quant à moi, je suis convaincu qu·il nage entre deux eaux pour voir à quel parti demeurera la victoire; c'est lui qui a paralysé toutes les mesures de rigueur, el qui nous enchaine de la sorte pour nous laisser égorger, Je J'invite à me donner un démenti en se prononçant enfin de manière à ne plus passer pour un royaliste déguisé. • Ah Icertes, Marat, avec son désintéressement admirahle, avec son horreur de l'intrigue, aurait combattu Hébert el ses ami, le jour où il lui aurait apparu quïls voulaient dominer la Convention. Déjà, quand il allaque le Comité de Salut public, il prend bien soin d·avertir par une note qu'il ne s'agit que de celui dont les pouvoirs expiraient Je 10 juillet: et s'il s'en prend à Ilarère, gui avait été réélu, c'est en exprimant l'espoir qu'il adoptera enfin un plan de conduite très net. Mais, dans cette période difficile, Marat, comme on Je voit, n'aidait pas Rûbespierre à donner au pays révolutionnaire celte patiente sagesse, celte impression de sécurilé et d'unité qui était ,·raiment nécessaire au salut public. Danton qui, personnellement, était mis en cause, Danton qui avait plus d'une rois à répondre devant les Jacobins aux attaques dirigées contre lui, Danton qui, membre du Comité de Salut public, portail le poids des Inévitables fautes commises par celui-ci, des trahisons qu'il n'avail pu prévenir et des revers qu'il n'avait pu emp~cher, ne pouvait non: plus conseiller avec autorité la discrétion, la mesure, la circonspection. li aurait eu l'air de se défendre lui-même. EL il n'avait pas d'ailleurs cette continuité d'effort, cette assiduité qui sont, aux heures troubles, la condition de l'action efficace. li éclatait parfois comme la foudre. Le fü juin, à la nouvelle des rever3 de Vendée, il jetait du haut de la tribune de la Convention un anathème magni-

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