Jean Jaurès - La Convention

1610 IIISTOlllE SOCIALISTE chef de parli. c·esl lui, après tout, qui avait le plus excité les co,ères brissolines et girondines. « L'infàme tripot des Douze • n'avait pas arcèté o.,mon ou Robe,pierre, il n·al'ait m6me pas arrêté Marat. Il avail mis la main sur llébcrl : cl c'est cet acle cle Yiolence contre le meilleur défenseur des sansculolte,, contre celui qui s'était fait, dans la presse, « le l<1pe-dur » de J'aii,Locratie, qui avait provoqué l'insurreclion victorieuse du 31 mai et du 2 juin. Comment accroitre, el rapidement, son influrnce? Commcnl jeter sur ses ri1aux plus éclatants, sur ceux qui dominent ou à la Convention ou au Comilé de Salul public, ou aux Jacobins, un commencement de défaveur? JI allait d'abord exaspérer dans le peuple soulîrant l'appélil de vengeance. La vie devenait dure : il n'y avait ni famine, ni misère c~trérne; mais les approli,ionnements étaient ,lrict•, la distribution était difficile et lrnte: les femme~, les hommes m~mes perdaient des heures à faire queue à la porte du boulanger et du boucher; la hau,sc des salaires ne répondaiL pas toujours- e,actement à la hausse drs denrées : d'où venait ce malaise? d'où ,enait celte inquiétude? Des infàmcs ari.locrates coafüés a\'ec l'étranger, des infâmes Girondins coalisés maintenant a1cc les ari,locrJles. El dans les groupes les colères s'allumaient. Ce n'élail plus le généreux élan de 1î90, la magnifique colère de iî02 : c'était parfois une fureur grandiose el âpre, parfois aussi le besoin he,tial et vil de soulager sa propre soulîrancc en faisant souITrir. Insulter, tuer, mêler la dérision à la mort, exploiter jusqu'au dernier souffle, jusqu'au dernier regard des lrattres attendus par la guillotine, pour leur faire respirer l'outrage, pour leur <lonner d'avance, en caricature de gestes el de paroles, le spectacle de leur propre supplice, el une vision grotesque et lugubre d'échafaud : ce tut là, hélas! pour une grande partie de la roule, la tentation des heures ma_uvaises. Tuer n·e-t rien : il faut aLai-,cr, il faut flétrir; plus ils furent éclatants, plus il faut ravaler mème lems souITrances : il faut faire de leur agonie une humiliation el une farce, le;; empècher eu\-mêmes, sous les éclats d'une gaité féroce, de prendre leur propre supplice au sérieux, et éteindre dans l'âme des vaincus la fierté sec:·ète qui aide à soutenir la mort. Or, lléhc1·t s'olîril à être le Yirtuose de ces heures méchantes cl trouble,, il s'oITrit à flallcr, dans les cœurs ulcérés, la volupté du sang, à faire do toute "ic attendue par Je bourreau un misérable haillon que le peuple secouait à sa fenêtre parmi ses guenilles de mi:;èrc. Antoinette est au Temple, tous les jours plus étroitement gardée, el ceux qui la surveillent sont obligés d'aller s'excuser devant le Conseil de la Commune s'ils lui ont parlé le chapeau à la main. Ecoutéz le l'ère Duchesne : • La tigresse autrichienne était regardée, dans toutes les cours, comme la plus misérable prostilnée de France. On l'accusait haulemenl de se vautrer dans la fange avec des valets, el on était embarrassé de distinguer

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