Jean Jaurès - La Convention

159'< IIISTOlllE SOCIALISTE et de la Patrie n'était pas liné éternellement à la danse folle de, vagues: le rivage élait rn vue. ~lais comment donner au vote de la Constitution cette rapidito, cette unanimité qui rnuls pouvaient Je rendre efficace sur les e5prits, si chacun cherchait à Caire prévaloir ses formules particulières? c·e,t pourquoi Robespierre se r,11lia aux conceptions et aux définitions qui rencontraient l'assentiment le plus général. L'essentiel était d'affirmer les principes de la démocratie et de sauver la Révolution. Dès lors, la politique de Robespierre est très nelle. Jl sait que la cri•e est redoutable. L'étranger, quoique d'un mouveme.nt lent et d'une pons,ée un I eu mol Ir, pèse sur nos frontières. Valenciennes est investi. Mayence est a,siégé. Les Anglais arment leurs vaisseau, pour ruiner noire commerce, et ponr jeter sur nos ril'ages les forces de la coalition attendues par les contrerévolutionnaires et les traitres. La plaie de la Ven lée s'élargit el s'envenime. Et si les Girondins fu~ilirs émeuvent un moment une partie du pays, si Buzot et Barbaroux à Caen, si Salles à Nancy, font appel à la guerre civile, comment la Révulution se sau1·era-t-elle sinon par l'action la plus concentrée, h plus rapide, la plus forte? Ni les factions ne ùérnrmeront au dedans, ni les tyrans n'accepteront les con riilions de paix audacieuse et fière qui conviennent seules à un peuple libre si toutes les forces révolutionnaires ne sonl pas unies: oui, il faut créer • une Yolonlé nationale"· Ou plutôt il faut donner le plus de vigueur possible aux pouvoirs où elle s'exprime. Dél'endre contre toute cri li que et .:onlre toute démarche la Constitution de 1793, certitude de demain, dé'endre el unifier la Conl'enlion, défendre el fortifier le Comité de Salut public, organe d'action et de combat, pomser la vigueur révolutionnaire jusqu'à écr,1ser les rebelles et intimider les conspirateurs, s'abstenir des violences outrées, et ménager les faiblesses et les préjugés de la multitude: voilà, au lendemain du 2 juin, le plan de Robespierre, voilà son programme politique. Son rôle, en cette période, est admirable de sagesse et de fermeté. Il avait conscience de sa responsaliililé, et il savait combien la tache était périlleuse. Jamais il n'avait él••u:1démago3uc. Il avait su résister,dans l'intérêt de la R<'rnlulion, aux entrainements des foules, notamment en ce printemps de 1î02 où il luttait presque ~eu! contre la poliliqne de guerre. Mais alors il était trop loin clu pouvoir pour que sa respon•abilité fût accablante. Mainten1nl, son influence allait être déciijive. El le premier usage qu'il en devait taire était de contenir el de régler le mouvement. Il devinait bien les imp1tiences d'ambition de la commune parisienne, il pressentait les âpres convoitises hébcrtistes. Comment refouler ou modérer les désorganisateurs, cctn c1uiperdraient par le soupçon continu, par l'anarchie continue, la Révolution menacée, rnns s'exposer à blesser la fibre révolutionnaire, à amortir l'énergie et l'élan du peuple? Terrible problème que d'emblée il mesura du regard eL qui un moment le fit pâlir. Je ne crois pas que les paroles prononcée3 par

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