Jean Jaurès - La Convention

1588 IIISTOlfiE SOCIALISTI': premier soin des mandataires du peuple devait être d'anéantir les nombreux ennemis qui, aù dedans el au dehors, menaçaient l'existence de la l\épublique; mais, voyant que les Girondins étaient pressés de consacrer par la légi-lalion leurs principes aristocratiques, il opposa à Jeurs projets la Déclaration des droits, dans laquelle ses intentions populaires paraissent à découvert. .. « Cependant la Constitution de i793, rédigée à la suite de l'insurrection du 31 mai par la partie de la Convention qu'on appelait alors la Montagne, ne répondit pas complèlemenl aux vœux des amis de l'humanité. On regrette d'y trouver les vieilles et désespérantes idées sur le droit de propriété. Au surplus, les droits poliliques des citoyens y sont clairement énoncés et fortement garantis, l'inslruclion de tous y est placée parmi les devoirs de la société; les changements favorables au peuple y sont faciles, et l'exercice de la souveraineté lui est assuré comme il ne le fut jamais. Est-ce à une prudente circonspection commandée par l'attitude hostile des riches ameutés par les Girondins? est-ce à l'influence des égoïstes dans les délibérations de la Convention nationale qu'on doit attribuer les ménagements dont elle fil usage el le voile sous lequel les député~, amis de l'égalité, furent obligés de cacher leurs vues ultérieures? « Quoi qu'il en soit, il n'est pas moins vrai que le droit de délibérer sur les lois, attribué au peuple, la soumission des mandataires du peuple à ses ordres et la presque unanimité des voix à laquelle la Constitution de iî03 fut acceptée, la firent regarder à juste litre comme le palladium de la liberté française. • Dans la prodigieuse éclipse qu'ont subie les grandes institutions politiques de la llévolution, les plus généreux et le, plus éclairés des Conventionnels (de ceux, hélas! que.la Révolu lion elle-même ne dévora poinl)gardèrent un indomptable espoir en la victoire de la démocratie, donl la Constitution de 1793 rrstait pour eux comme le symbole. • Oui, disait Levasseur aux derniers jours de la l;leslauration, quand la souveraineté du peuple n'était plus qu'une sorte de rêve etracé, une époque viendra où la <lémocratie sera le seul gouvernement possible; alors on saura a_,préâer les travaux de celle Convention qui peut-être a eu le tort de devancer son siècle el de faire trop lôt le bien, mais qui du moins a eu le courage de ne pas reculer devant l'applicalion de ce qu'elle a regardé comme la vérité. • Oui, un jour viendra où l'égalité sera prise pour base du pacte social, où chaque indivi,Ju, si infime qu"il soit, aura les mêmes droit~ el la même part aux affaire, publiques que l'homme le pl us élevé dans la hiérarchie sociale. On reconnaitra alors que les titres ne sont rien, puisqu'ils sont l'ouvrage de I homme et non de la nature ; que la richesse ne saurait être la base des aroits, puis 1ue la riches;e elle-même n'esl qu'un droil conventionnel.

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