Jean Jaurès - La Convention

1582 JIISTOIHE SOCIALISTE tuer, le but du législateur a élé d'arrêter l'accumulation des fortunes dan, une mè,ue main, el que pour parvenir au même IJut il faut ici prendre une marche contraire. "011 observera encore que nous portons des limites injustes au 11,oil cle propriélé; mais nous répondrons que personne n'a encore de pro1 riété individuelle wr les communaux; car ce qui appartient à tous n'appartirnl à aucun particulier. c·est donc par l'effet de la ll•i que les habitants acquerront aujourd'hui cette propriété; la loi peut donc leur imposer des condilions que leur intérêt môme commande. • ~lais cette restriction.du droit de propriété sera limitée à dix ans et elle ces,era toul de suite si le po,sédanl quille la commune. Souhait insiste, constalant d'ailleurs combien les paul'res sont 1orlés vers le pa,tage (\es commu11au,. Toujours par leur influence, par let,r impréyoyauce, les communrs décideront le pariage; et quand cn,uilc, au boul de dix ans ou même arn1.l (par leu,· départ de la cornmunc), les pauvres auront vendu leur lot, n'ayant plus larrssource du bien communal, que devicndront-ils?Etcomment dans l'étal si difficile des finJnces de la Hc\'olution, comment cs1,érer qu'elle trouvera les 200 millions par an qui seraient néces,aires pour subvenir a11\ besoins de rnillions de pau1re:,? En \'érité, Souhait reproduit contre le pariage des communaux quelquesunes des objections que l'abbé )laury formulait contre l'aliénation des biens d'f:glise « pi!trim oine du paU1re ». Ce qui e:,t vrai, c'est que dans la péri-ode intermédiaire qui va du communisme rudimentaire et charitalJle du moyen âge au communisme de science et de justice, par où s·ararm era llrnmaniié de demain, la multiplication des propriétés individuelles découpées dans !t s domaines nationaux ou communaux n'est un bien que si elle est complétée par une forte organisation des secours publics. La Hérnlution le savait, elle le proclamait; et on ne peul lui imputer des mbères qui ont été la suite de sa défaite partielle, la conséquence de la longue éclipse de la dérnocratie et de la lil,erté. Donc, dans l'ordre de l'action comme dans l'ordre de la pensée, toutes le:,- grandes idées sont formulées, tous les grands précédents sont créés avant la rhute de la Gironde; et la Montagne ,ictorieuse n'a besoin ni d'invention politique ni d'invention sociale. Elle n'a pas à imaginer, à su•citer tout un ordre nouveau de conceptions et d'institutions; son grand devoir, sa mis,ion historique et \l'aiment• sainte» (la ~ainte Montagne), c'est d'agir, c'est de sauver la Révolution par l'énergique concentration des forces nationales. Sa tâche précise, c'est de créer un gouvernement capable d'action décisive et rapide contre les factions contre-révolutionnaires du dedans, contre l'ennemi du dehors qui obsède et entame les frontières. La Convention, longtemps paralysée par les chicanes et les prétentions girondines, va élre l'assemblée de défense nationale el révolulionnaire. Eli~

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