Jean Jaurès - La Convention

111STOIRE SOCIALISTE bonheur pri\é qu·à la félicité publique. li s·agit bien plus de rendre la pauvreté honorable que de proscrire l'opulence. La chaumière de Fabricius n'a rien à envier au palais de Crassu,. J'aimerais bien autant, pour mon compte, être l'un des fils d"Arbtide, élevé dans le Prytanée aux dépens de la Répu blique, que l'héritier présomplir de Xerxès, né dans la fange des cours pour occuper un tronc décoré de l'avilissement des peuples et brillant de la misère publique. (.tppla11disse111e11ts.) « Posons donc de bonne foi les principes du droit de propriété: il Je faut d'autant plus quïl n·en est point que les préjugés et les vices des hommes aient cherché à enl'elopper de nuages plus épais. • Demandez à ce marchand de chair humaine ce que c'est que la propriété, il l'Ous dira, en vous montrant cette longue bière qu'il appelle un na1ire, où il a encaissé el ferré des hommes qui paraissent 1ivanls: « Voilà • ma propriété; je les ai achetés tant par tête. • Interrogez ce gentilhomme qui a des terres et des vassaux ou qui croit l'univers bouleversé depuis qu'il n'en a plus, il vous donnera de la propriété des idées à peu près semblable,. ,, Interrogez les augustes membres de la dynastie capétienne, ils mus diront que la plus sacrée de toutes les propriétés est, sans contredit, le droit héréditaire, dont ils ont joui de toute antiquité, d'opprimer, d'avilir et de pressurer légalement el monarchiquement les 25 miJlions d'hommes qui habitaient le territoire de la France sous leur bon plaisir. • .\ux yeux de tous ces gens-là, la propriété ne porte sur aucun principe de morale. Pourquoi votre Déclaration des Droits semble•l•elle présenter la m,'me erreur? En définissant la liberté le premier des biens de l'homme, le plus sacré des droits qu'il tient de la nature, vous avez dit avec raison qu'elle avait pour bornes les droits d'autrui; pourquoi n'avez-vous pas appliqué ce principe à la propriété, qui est une institution sociale, comme si les lois éternelles de la nature étaient moins vénérables que les institutions des hommes! Yous avez mulliplié les articles pour a<surer la plus grande liberté à l'exercice de la propriété, et vous n'avez pas dit un seul mot pour en déterminer le caractère légitime; de manière que \'Otre Déclaration parait faite, non pour Je;; pau, res, mais pour les riches, pour les accapareurs, pour les agioteurs et pour les tyrans. Je vous propose de réformer ces vices en consacrant les ,érités suivantes: • ART. 1". - La propriété est le droit qu'a chaque citoye11de jouir et de disposer de la portion des biens qui lui est garantie par la loi. • ART. 2. - Le droil de propriété est bomé, comme tous les autres, par l'obligation de 1·especterles droits d'a!tlrui. « A11T. 3. - IL ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l'existnice, ni li la propriété de 110s semblables. • AnT. 4. - Toute vossession, tout trafic qui viole ce principe e1t illicite et immoral. •

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