15:,0 IIISTOIRK SOCIALISTE pas pour défendre une propriété nouvellement acquise contre l"émig1·équi tenterait de rentrer en joui,sance. li fuira sur uu autre domaine, mais un agriculteur, un homme pauvre Yenu de la cité pour exploiter un petit terrain dont ,ous lui avez facilité l'acquisition, défendra sa propriété autant que son e;\istence, et la Révolution ainsi consolidée par lïntérèt d'une roule de petits propriétaires sera inébranlable ... Il y a une Joule de châteaux d'émigré,, ,·ieu~ repaires de la féodalité, qui resteront nécessairement invendus, qui ne serviront ni pour les établissements d'éducation pu1Jll1ue, ni pour les assemblées primaires. Ces masures, qui souillent encore le sol de la liberté, pcul'ent, par leur démolition, servir à favoriser les prnvres et laborieux agriculteurs, et à créer des villages en même temps que vous fertiliserez les campagnes ... • La « loi agraire• n'avait pas été tout à fait inutile. La Convention ne pournit la comballre qu'en décrétant des mesures sociales dans l'intérêt du peuple. Le discours de Barère représente assez bien la ligne centrale, l'axe clc, opinions et des doctrines de la Convention : maintenir sous toutes ses formes (sauf la forme féollale), la propriété individuelle, mais aider à la multiplication des petites propriétés et demander aux grandes les sacrifices nécessaires pour assurer le peuple contre l'indigence. Mais au fond, à ce moment, toutes les déclarations de Barère el de l'Assemblée, en quelque sens qu'elles se produisent, sont un expédient politique plus encore que l'expression d'une doctrine sociale. Si les promoteur, de la loi agraire sont menacés de mort, c·e,t parce qu'il faut déjouer la propagande alarmiste de la contre-révolu lion cl rassurer 11),5 acheteurs de biens nationaux sans lesquels la France révoluliu1111aireaurait sombré dans le déficit et la détresse. Si, au contraire, l'impOL progressif, l'organisation des secours publics, la protection des petits achet,·ur,, la distribution des matériaut des manoirs féodaux aux cultivateurs pauvres sont annoncés, c'est pt>ur attacher le plus grand nombre possible d'intér~ts à la llérnlulion menacée par des coalitions formidables. Le décret contre quitonque proposerait la loi agraire était plus terrifiant d'aspect qu'el'ficace, car co:nment alleindre, par une formule pénale, toute qne idée qui pouvait s'insinuer sous les formes les plus diverses et par les moyens les plus sulJlils 1 Il est assez piquant de noter que Barère, dans ses Mémoires, fait le plus cordial et le plus magnillque éloge du communiste lluonarolli, de son esprit, de son élévation morale, de sa largeur de pensée, de son dévouement « au bonheur commua •· C'était donc une loi de circon,taoce, plus encore que la manifestation irréductible de l'égoïsme bourgeois. El que de déguisements pouvait prendre la loi agraire! Quelques jours à peine aprll, le vote formidable de la Convention, celle-ci recevait la députation des sections qui, demandant la taxe des denrées, lui disaien1: • Les biens de la terre sont communs à tous comme l'air et comme la lumière •· Nul n'osa éveiller la foudre du décret du 18 mars pour foudroyer cette
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