Jean Jaurès - La Convention

i:\\O HISTOIRE SOCIALISTE 71r,•mih·rssoient bien masquées, et qu'elles ne paraissent tend,·e aucunement i;e,-sle but concerté. « ~lais je réfléchis, je me dis : « Il n'est presque personne qui ne rejette « fort loin la loi agraire; le préjugé est bien pis encore que pour la royauté « el l'on a toujours pendu ceux qui se sont avisés d'oul'rir la bouche sur ce • grand sujet. Est-il bien certain que J.-M. Coupé lui-môme sera d'accord « arnc moi sur cet article? Ne m'objectera-t-il pas aussi avec tout le monde « que de là résulterait la défection de la société; qu'il serait injuste de dé- " pou iller Lous ceux qui ont légitimement acquis, que l'on ne ferait plus rien « les uns pour les autres et que dans la supposition de possibilité de la chose « les mu talions postérieures auraient bientôt rétabli le premier ordre? Vou- • ,lra-L-il se payer de mes réponses : que la terre ne doit pas être aliénablP; « qu'en naissant chaque homme en doit trouver sa portion suffisante comme • il en est ùe l'air et de l'eau; qu'en mourant il doit en faire hériter, non ses « plus proches clans la société, mais la société entière; que ce n'a été • que ce système d'aliénabilité qui a transmis tout aux uns et n'a plus « laissé rien aux autres; que c'est des conventions tacites par lesquelles les « prix des travaux les plus utiles ont été réduits au taux le plu$ ba$, tandis « que les prix des occupations indiITérentes ou même pernicieuses pour la • société furent portés au centuple, qu'est résulté du côté de l'ouvrier inutile « le moyen d'expro1irier !'ouvrier utile et le plus laborieux; qu'en ayant « eu plus d'uniformité dans les prix de tous les travaux si l'on n'eCJt « pas assigné à quelques-uns d'eux une valeur d'opinion, tous les ouvriers « seraient aussi riches à peu près les uns que les autres; qu'ainsi un nouveau " partage ne ferait que remeltre les choses à leur place; que si la terre eCJt " été déclarée inaliénable, système qui détruit entièrement l'objection des « craintes du rétablissement de l'inégalité par les mutations, après le nou- " veau partage, chaque homme et1Ltoujours élé assuré de son patrimoine el « nous n'aurions pas donné naissance à ces inquiétudes continuelles el lou- • jours déchirantes sur le sort de nos enfants; de là l'âge d'or el la félicité « sociale au lieu de la dissolu lion de la société; de là un état de quiétude « sur tout l'avenir, une fortune durable perpéluellcmentà l'abri des caprices « du sort, laquelle devrait être préférée même par les plus heureux de ce • monde s'ils entendaient bien leurs vrais intérôls; enflr., qu'il n'est pas vrai « que la disparilion des arts serait le résultat forcé de ce nouvel arrangement, « puisqu'il est sensible au cor.traire que tout le monde ne pourrait pas être « laboureur; que chaque homme ne pourrait pas plus qu'aujour,l'hui se pro- " curer à lui seul toutes les machines qui nous sont devenues nécessaires; • que nous ne cesserions pas d'avoir besoin de faire entre nous uo échange • continuel de services el qu'à l'exception de ce que chaque individu aurait « son patrimoine ïnaliénable, qui lui terail dans tous les temps et toutes les • circonstances un fonds, une ressource inattaquable contre les besoins, tout

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